Texture vivante du temps

« Que l’on considère le temps comme une chose inerte, ayant vocation à être occupée, remplie ou utilisée, contribue à expliquer l’incompréhension à laquelle se heurtent les casaniers. Leur entourage présume qu’ils ne peuvent que s’ennuyer mortellement, alors que, en s’extrayant de la course folle du monde, ils font l’expérience de la nature et de la texture vivante du temps. Ils sont parmi les derniers (avec les enfants, probablement) à s’y lover en toute confiance. Ils voient en lui un tapis volant accueillant, doté du pouvoir de les transporter vers des destinations imprévisibles à travers une variété infinie de paysages. Ils savent qu’il n’est pas uniforme, mais qu’il se compose d’une succession d’instants singuliers. Ces instants, il faut se faire suffisamment attentif pour les amener à livrer leurs secrets, à chuchoter ce qu’ils ont à nous dire, ce qui nécessite le courage d’une certaine passivité. Il faut se rendre disponible, au lieu de bafouer leur logique propre et de chercher à conjurer la peur du vide et de l’inconnu en les remplissant compulsivement avec n’importe quoi. Il faut les laisser se révéler l’un après l’autre, et agir en fonction des indications qu’ils nous soufflent, au lieu de vouloir à tout prix leur donner forme de l’extérieur – entreprise absurde, qui ne peut aboutir qu’à saccager ce que la vie nous tend. »

Mona Chollet

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