Un livre éventuel

« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. Etre sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre c’est se trouver, se retrouver, devant un livre. Une immensité vide. Un livre éventuel. Devant rien. Devant comme une écriture vivante et nue, comme terrible, terrible à surmonter. Je crois que la personne qui écrit est sans idée de livre, qu’elle a les mains vides, la tête vide, et qu’elle ne connaît de cette aventure du livre que l’écriture sèche et nue, sans avenir, sans écho, lointaine, avec ses règles d’or, élémentaires: l’orthographe, le sens. »

Marguerite Duras

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3 Responses to Un livre éventuel

  1. Avatar de catherine catherine dit :

    « Ecrire c’est se tenir à l’écoute et consigner ce qui a été entendu (…) J’ai la surprise d’entendre en moi un poème … Le poème est là, rien qui l’annonce… Voici donc contre toute attente ce qui m’a été octroyé. » Charles Juliet

  2. Avatar de suzanne suzanne dit :

    Ceci n’a peut-être rien à voir mais ce « … découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » me fait réagir.
    Je pense que n’importe quel art nous sauve, dès lors que nos sens s’ouvrent à lui, et que, grâce à cet art; peinture, musique ou poésie, on se sent relié à son environnement, au monde, au présent, au passé et au futur, comme intégré dans un univers sans limites.

  3. Avatar de ecrivanture ecrivanture dit :

    L’écriture, c’est parfois l’acte d’écrire, le sang de certains textes, et c’est alors sans doute là que son murmure est naturellement plus évident à capter. Mais l’écriture c’est tellement. L’écriture c’est aussi les étoiles, plus mystérieuses encore qu’il n’a été dit dans les discours éclairés. Et c’est une poussière en suspension dans un grenier de soleil. L’écriture, c’est la clef des salles oubliées du langage, là, à sous-tendre nos paysages et nous livrer à eux. L’écriture c’est ce qui traverse parfois le pinceau du peintre, les doigts du musicien, le mouvement de la danseuse, les préparatifs du cuisinier. C’est le chant de l’homme, et c’est l’homme qui a froid et qu’un regard ou une lampe réchauffe. C’est la course folle d’un enfant dans son jardin. L’écriture, c’est des regards, des instants. De ces rencontres où il y a rencontre. L’écriture, c’est la nudité, et la nuit et la lumière. L’écriture, c’est dans des chutes, des victoires ou des cailloux. Et c’est un arbre, c’est la cendre, c’est la pousse sous la neige. C’est la main qui vient éponger le front fiévreux. La longue veille. L’écriture, c’est les rides à la surface de l’étang, de la peau, du sourire. C’est la patine et le silence. C’est des rires autour d’une table, les parfums de la terre et le jus du fruit sur le menton de l’été. L’écriture c’est au coeur de la force ou d’une flamme qui vacille. Au coeur du tendre, dans les bras qui protègent, les épaules qui font passer la rivière, au coeur de la joie et au coeur de la bataille, et c’est au coeur. L’écriture, c’est la mort aussi et puis c’est nous, toujours.

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