Vous étiez là

« Vous étiez là je vous tenais
Comme un miroir entre mes mains
La vague et le soleil de juin
Ont englouti votre visage

Chaque jour je vous ai écrit
Je vous ai fait porter mes pages
Par des ramiers par des enfants
Mais aucun d’eux n’est revenu
Je continue à vous écrire

Tout le mois d’août s’est bien passé
Malgré les obus et les roses
Et j’ai traduit diverses choses
En langue bleue que vous savez

Maintenant j’ai peur de l’automne
Et des soirées d’hiver sans vous
Viendrez-vous pas au rendez-vous
Que cet ami perdu vous donne
En son pays du temps des loups

Venez donc car je vous appelle
Avec tous les mots d’autrefois
Sous mon épaule il fait bien froid
Et j’ai des trous noirs dans les ailes. »

René Guy Cadou

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Loin et près de moi

« Comme est loin
Ce qui somnole en moi

Et près de moi
Ce que je cherche
Dans les lointains. »

Eugène Guillevic

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L’intervalle

« Poids des pierres, des pensées

Songes et montagnes
n’ont pas même balance

Nous habitons encore un autre monde
Peut-être l’intervalle. »

Philippe Jaccottet

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Ce que je peux

« J’écris de ma vie et de mon rêve
ce que je peux

Et qui me lira ne saura plus démêler
mon rêve de ma vie
ni voir mon visage. »

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La mesure de ma connaissance

« L’attention seule commande : c’est elle qui fait l’univers. Un être humain entièrement attentif connaîtrait entièrement l’univers…

À chaque instant je connais du monde juste ce que je mérite d’en connaître. La mesure de ma connaissance est celle de mon désir, de mon attention. »

Jacques Lusseyran

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Faërie

« La pensée qui conçut lumière, lourd, gris, jaune, immobile ou rapide, imagina aussi une magie qui rendrait les choses lourdes légères, et capables de voler, qui changerait le plomb gris en or jaune et le rocher immobile en eaux courantes.

Si elle pouvait faire l’un, elle pouvait aussi faire l’autre ; elle fit inévitablement les deux. Dès lors que l’on peut emprunter le vert à l’herbe, le bleu au ciel et le rouge au sang, on a déjà un pouvoir d’enchanteur – sur un certain plan ; et le désir d’exercer ce pouvoir dans le monde extérieur à notre pensée s’éveille. Il ne s’ensuit pas que l’on usera bien de ce pouvoir sur tous les plans. On peut mettre un vert cadavérique sur le visage d’un homme et produire une horreur ; on peut faire briller la rare et terrible lune bleue ; ou l’on peut amener les forêts à pousser un feuillage d’argent et les béliers à porter des toisons d’or, et mettre un feu flambant dans le ventre du dragon froid… »

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Le sens du mystère

« L’émotion positive la plus forte que nous pouvons éprouver en tant qu’être humain est le sens du mystère. C’est cette émotion qui suscite les arts et les sciences. Celui qui ne connaît pas cette émotion est comme mort : ses yeux sont aveugles. »

Albert Einstein

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Quand nous éprouvions

« Quand nous éprouvions
qu’il n’est que quelques neiges
capables d’un creux dans la mémoire
capables d’éblouissantes fougères
sur une vitre qu’une bouche à l’aube couvre de buée. »

Jacques Roubaud

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