Défaire

« Certains livres, qualifions-les de vrais, viennent en secours au lecteur. Ils viennent vers lui et ont la vertu de l’écouter. Pourquoi ?… Je crois lire une page, et c’est elle qui me lit ! Les vrais livres sont toujours guérisseurs. Parce que ce qui nous rend malade, ce sont souvent les mots. Soit que ces mots nous aient manqué. Soit qu’ils aient été d’une dureté insupportable. Mais ce que des mots ont fait, d’autres mots peuvent le défaire. C’est le langage qui souffre en nous, et qui nous fait souffrir. Et la matière des livres est un langage qui est, ou devrait toujours être, profondément réparateur. »

Christian Bobin

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La disposition intime

« Simplement ce peu de neige sur la campagne au matin.

Le silence,

un ciel à peine pommelé,

La douce sinuosité d’un chemin,

connu pourtant,

et qui, soudain, on ne sait pourquoi, vous touche aux entrailles.

Un faible cri d’oiseau, dans l’air glacé, plus beau,

soudain aussi pénétrant que n’importe quelle œuvre d’art.

Mais il n’est tel qu’à travers une certaine disposition en nous,

une certaine manière de sentir les choses.

Le réel, ce n’est pas ce peu de neige seulement,

le silence, la sinuosité du chemin pourtant connu, etc.

Mais la relation entre tout cela et notre disposition intime.

Mieux : ce qui, dans cette disposition permet que s’établisse la relation,

l’alliance,

entre le dehors et le dedans. »

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Dans le silence

« Où tout dans le silence
pour chacun ressuscite. »

Georges Haldas

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Un simple témoin

« Devant le miroitement du ciel et de l’eau…

Je ne suis rien,

Un simple témoin d’une journée sans mémoire. »

Jean Malrieu

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Chaque chose veillait

« Le sel dans la cupule en buis
gardait le secret des cristaux.
Une sombre robe
et de soleil gorgée
conservait un suc léger
d’avoir frôlé les fleurs.
L’orage grondait.
Chaque chose veillait et travaillait
pour sauver son éternité. »

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L’autre temps

« C’était le temps de reconnaître,

De franchir.

C’était le premier recueil,

La main qui s’ouvre

Et s’ouvre

Et s’ouvre.

Une sorte de magie

cherchait à travers toi.

C’était le temps de la halte

Tournée vers l’ouverture ;

Le monde, partout, se faisait lecteur.

C’était le coeur proche,

Le temps de la retrouvaille.

Follement l’été revenait

Et parlait de notre enfance.

C’était le temps d’une page écrite,

L’autre temps. »

Cédric Migard

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Près du feu

« Je m’assieds près du feu et songe
À tout ce que j’ai vu,
Aux prairies fleuries, aux papillons,
Aux étés disparus. Aux feuilles d’or et fils de soie
Des automnes oubliés,
Aux brumes douces, au soleil d’argent,
Au vent dans mes cheveux égaré. Je m’assieds près du feu et songe
À ce que deviendra le monde,
Quand l’hiver viendra sans un printemps
Que mes yeux puissent répondre. Car tant de choses encore m’échappent,
Tant de merveilles ignorées,
Dans chaque bois, à chaque printemps,
Un vert différent s’en est allé. Je m’assieds près du feu et songe
Aux âmes d’un autre temps,
À ceux qui verront une terre
Que je ne connaîtrai pourtant. Mais tout en songeant à ces jours anciens,
Je tends l’oreille encore,
Espérant entendre des pas revenir,
Et des voix derrière la porte. »

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Nous vivions

« Nous vivions nu-pieds, tête nue,
l’âme et le cœur à l’avenant,
en compagnie des bêtes de plume et de poil.

Un geai, une loutre,
l’un fuyant par les arbres,
l’autre s’enfonçant dans le gouffre de l’étang,
c’étaient nos demi-dieux. »

Franz Hellens

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