Il remontait si loin le courant de sa vie

« Il remontait si loin le courant de sa vie
qu’il se trouvait perdu au pays à l’envers
où l’on erre avant la naissance…

S’éveillant chaque fois plus loin dans la lumière
Plus près du feu. »

Roger Gilbert-Lecomte

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Une phrase d’amour

« Je n’avais jamais rien touché d’aussi doux jusque-là. Pas même jusqu’à aujourd’hui, maintenant je le sais. Je lui dis que la paume de sa main était mieux que le creux d’un coquillage, pendant que nous regagnions le rivage, détachés. Tu sais que tu as dit une phrase d’amour ?, répondit-elle en se dirigeant vers le parasol. »

Erri De Luca

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Une autre possibilité

« La tâche d’un écrivain est aussi de donner au passé une autre possibilité, une autre intelligence. »

Erri De Luca

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Cette écriture qui fait le jour en toi

« Seule la lumière
Porte témoignage

Toi tu ne peux rendre compte
Que de l’obscur

Cette écriture
Qui fait le jour en toi. »

Jean Lavoué

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On reprend tout

« On reprend tout pour être à l’heure
avec soi-même

fenêtre ouverte respiration patience. »

Claude Albarède

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D’outre-lèvres

« Et tout mon cœur hanté

d’un propos d’outre-lèvres. »

Max Elskamp

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Et vous étiez je crois…

« Et vous étiez je crois

L’aile d’une gare,

Ramenant au présent quelques trains déclassés,

En envoyant d’autres par temps de braise

Comme messagers vers la côte,

Ou porteurs d’eau,

Chaque voyageur convoyant sa propre citerne de larmes

Mais rêvant le front aux vitres

A des shoppings de lilas et de chansons éternelles.

Vos yeux sombres engrangeaient près de moi le soir venu

Ce texte que je vous avais prêté,

Un long dialogue de théâtre

Que vous réciteriez seule

De votre voix de petite fille bafouée, offensée

De votre ventre bouillonnant

De vos flashes, vos étincelles

Sur la scène à la lumière vendangeuse

Sans vraiment savoir alors jusqu’où je vous écoutais

Caché dans la pénombre de la salle,

Ni même l’ampleur de cette semaison.

Maladroitement jolie, infiniment belle,

Votre rose sentait le beurre, la confiture de framboises,

Votre sexe était un goûter d’après l’école

Quand le mois de mai est plein d’une maison chaleureuse

Quand l’année compte ses douze mois de fleurs et de paix heureuse.

Vous descendiez muette des engrenages sourds

En sautillant,

Toujours en sautillant,

Lourde et légère,

Fragile et forte,

Coincée à l’étage des oiseaux

A tourner les pages d’un ciel de ville

Pris par ses fumées et ses klaxons ;

Mon regard s’envole parfois

Dans ces paysages

Que je ne connais pas

Mais que je retrouve pourtant

Dans mon album parmi des photographies

D’un souvenir recomposé de moi,

Revoyant mon enfance inquiète et joyeuse

En des rues où je ne me savais pas être allé.

Vous étiez mon merveilleux livre d’images.

Vous me traversiez le corps

De votre peau douce

Vous léchiez de vos vagues

D’écume et de cheveux noirs

Ma presqu’île

Avant qu’elle ne se détache pour de bon

Du continent qui m’avait été inculqué.

Coupé cette fois du monde, j’ai abordé ce nouveau pays intérieur,

Ce pays de feuilles au féminin,

Ce souffle reboisé.

Je m’entrevoyais plus loin que moi

Sur la route des mots

Plus loin que les mots,

Je m’entrevoyais

Plus vivant que moi

Par vous

Et ce tout de vous plus loin que vous-même ne le saviez. »

Cédric Migard

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Le bois amical

« Nous avons pensé des choses pures
Côte à côte, le long des chemins,
Nous nous sommes tenus par les mains
Sans dire… parmi les fleurs obscures.

Nous marchions comme des fiancés
Seuls, dans la nuit verte des prairies;
Nous partagions ce fruit de féeries
La lune amicale aux insensés.

Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
Très loin, tout seuls parmi l’ombre douce
De ce bois intime et murmurant;

Et là-haut, dans la lumière immense,
Nous nous sommes trouvés en pleurant
Ô mon cher compagnon de silence. »

Paul Valéry

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