Chemins déserts et libres

« Pareils aux inquiets, aux longs velléitaires
Qui n’auront jamais su choisir un seul chemin,
Tous ceux que j’aperçois, lorsque je passe en train,
Filer à travers bois, dans l’épaisseur des terres,
Me paraissent chacun devenir, tour à tour,
Celui que j’aurais dû suivre sans aucun doute.
Je me dis : la voici, c’est elle, c’est la route certaine
Qu’il faudra revenir prendre un jour.
Mais aussitôt après, sous la viorne et la ronce,
Un sentier couleur d’os ou d’orange prononce
Sa courbe séduisante au détour d’un bosquet,
Et c’est encore un des chemins qui me manquaient.
Puis le bord d’un canal donne une autre réponse
À ce perpétuel élan vers le départ.
Mais je vous aime ainsi, chemins, déserts et libres.
Et tandis que les rails me tiennent à l’écart,
Vous venez vous confondre au réseau de mes fibres. »

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Sûr abri

« Bien sûr le temps demeure un lieu
de course folle ou d’immobilité,
de courses poursuites
entre nos élans et nos peurs,
nos belles heures et les plus sombres,
nos promenades, nos marches forcées,
nos territoires gagnés ou perdus,
nos flammes de vaste envolée
ou celle trébuchante à chaque seconde,
mais sûr abri en son indéchiffrable beauté
dont la lumière s’élève dans la nuit de nos cœurs
comme le tremblement obstiné de l’étoile
. »

Bernard Perroy

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Veux-tu entendre un conte ?

« Les ailes des nuages étaient bleues, ils aimaient
les montagnes assombries
et chantaient parfois
pendant qu’ils flottaient au-dessus des arbres
bourdonnants.

Veux-tu entendre un conte qui parle de chansons lentes
et d’hommes qui s’en vont dans le vent
pour que personne ne se souvienne d’eux ? »

Agota Kristof

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De minuscules apocalypses

« Notre paresse d’être est profonde, nos endormissements de pensée fréquents. Notre existence est scandée d’éclipses, plus ou moins longues, engrisaillantes. Écrire est une façon, parmi d’autres, d’essayer de se tenir davantage en veille dans l’immense lieu commun des passions, en travail dans le vrombissant lieu commun de la langue ; et ainsi d’accéder, parfois, à un peu d’insoupçonné, d’assister à de minuscules apocalypses. »

Sylvie Germain

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Un matin de neige

« Un matin de neige
seuls les oignons du jardin
marquent le sentier. »

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L’unité première

« Rattachée à toute origine, la solitude a ce pouvoir exceptionnel de rompre le temps, de dégager l’unité première; de faire, en quelque sorte, du multiple indéterminable, l’un innombrable. »

Edmond Jabès

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Avec tout cela qui grandit

« L’homme grandit avec tout cela qui grandit,

Pedro grandit avec son fleuve,

avec l’arbre qui monte sans parler

voilà pourquoi mes mots grandissent

grandissent :

ils viennent de ce silence avec des racines,

des jours du blé,

de ces germes intransférables,

de l’eau si vaste,

du soleil clôturé sans son consentement,

des chevaux en sueur sous la pluie. »

Pablo Neruda

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L’eau de ta fontaine

« La parole est en toi plus que sur d’autres bouches. Si pour elle tu fais silence, aussitôt tu l’entends.

Bois l’eau de ta fontaine. Que l’homme est fou qui s’en vient boire à la flaque en se détournant de la fontaine au cœur de la maison. »

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