« La poésie d’ici et de maintenant regarde à travers la fenêtre. Elle remarque la façon qu’a la lumière d’accrocher le fil d’une araignée ou la crasse d’une vitre pour en faire quelque chose de beau. Elle distingue la chaise longue qui patiente dehors, immobile, au seuil mouillé de l’ombre. La poésie d’ici et de maintenant écoute le léger souffle du vent bleu. Elle accorde le crédit nécessaire aux reflets et aux cris d’oiseaux. Elle sait que la nuit se rince les pieds dans les flaques. Elle sait aussi que la douleur n’a pas sommeil et que les traces blanches des larmes sont des sillons de laboureurs. Ça n’empêche pas la poésie d’ici et de maintenant de goûter la rosée sur les poubelles. Elle a des papilles gustatives sur les yeux. La poésie d’ici et de maintenant cueille le regard perdu des enfants qui baillent. (…) La poésie d’ici et de maintenant marche à pieds, soufflant sur ses doigts. Sa nuque craque. Elle renifle l’haleine d’hier et d’aujourd’hui. Il arrive que la poésie d’ici et maintenant repense aux miaulements aigus de ce chat coincé en haut d’un arbre ou à cet homme sale qui buvait de la vodka. La poésie d’ici et de maintenant chante à voix haute en rangeant la cuisine. Elle prépare le thé pour tout le monde et jette des miettes de pain aux moineaux. »
Thomas Vinau