Cette neige-là

« Il neigeait sur sa mort

comme on feutre de ciel un poème trop rude,

comme les mains de l’épousée

ouvrent les draps de noce,

comme on parle d’amour pour la première fois.

 

Cette neige-là apprenait à dire

son nom au silence, apprenait à croire

qu’une odeur de terre

fraîchement remuée

imprégnerait longtemps encore

les mots dont il creusait l’hiver

jusqu’à ce qu’il s’écroule

sous son poids d’arbres secs.

 

Cette neige-là sculptait de mémoire

un pays caché dans le cœur des hommes,

un pays que nul ne saurait atteindre

si le sang de tous n’en montre la route,

cette neige-là, c’était son visage,

celle qui fait la faim, celle qui fait la peur,

celle que boit aussi le bourgeon éclaté,

celle qui sort de l’ombre à pas de loup en Mars,

celle qui fait le fleuve

dans les ventres des sources,

celle qui protège

le sommeil du blé,

celle de tout espoir.

 

Cette neige-là c’est son rendez-vous. »

Paul Chaulot

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