« Il y a le point du jour
au fond de la cour
Il y a les sandales sur la pierre
Étaient-ce celles d’un enfant ou d’un amour
partis pieds nus sur les routes de l’aube
A l’horizon, la vitre d’hier brille d’une larme
sous les rayons d’un présent en cet instant si clair
Il y a l’air frais sur ton visage
et toute l’absence qu’il donne envie de croquer comme une pomme
Il y a les légumes levés du potager de la nuit
Tu fais les gestes de la récolte
Du bout des doigts ou à pleines mains
Cueillant l’extrémité d’un souffle ou la racine d’une histoire
Il y a la planche et le couteau que tu retrouves sur la table de la cuisine
Comme il y a la gouge et le rabot sur l’établi
La feuille et le stylo sur le bureau
Tu laisses les outils se reposer aujourd’hui
Puisque le parfum de la terre ramené dans ta corbeille n’a pas eu besoin d’être passé au feu
pour murmurer dans la maison
Que, par les frondaisons, des gouttes de lumière ont sculpté
la forme d’un visage dans le bloc du silence
et qu’il dit les premières paroles de réconciliation
Que le texte s’est écrit en t’attendant
Que te voici moins seul de t’être abandonné. »
Cédric Migard