« En ce temps-là le temps n’existait pas.
En ce lieu-ci le lieu était ailleurs.
L’acte s’accomplissait sans qu’il fallût personne pour l’accomplir.
La nuit n’effaçait pas cette lumière,
et la lumière
acceptait que la nuit restât la nuit.
Proche était le lointain,
et le lointain à portée de quel souffle,
à portée de quel œil, à portée de quel sang ?
Ô corps incorporel,
ô cécité qui voit !
Du premier Un au second Un
ne courait pas cette distance,
ne courait pas cette fourmi.
Le même était toujours autre, et celui-ci le soi.
En ce temps-là le temps se demandait
s’il fallait être, avoir été ou devenir.
En ce lieu-ci le lieu ne savait point
qu’il lui fallait l’exil et le danger
pour conquérir sa place
comme on conquiert un trône
dans le sable royal de l’oubli.
Entre l’ultime et le sacré
on célébrait tant d’épousailles,
on célébrait tant de divorces !
Le même était multiple,
et celui-ci très seul.
En ce temps-là le temps était un lieu.
En ce lieu-ci le lieu allait naître du temps. »
Alain Bosquet