« J’écrirai ces vers à bras grands ouverts
qu’on sente mon coeur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai
ma gorge et ma voix, mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher
qu’on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu’il y perd
qui bat et rebat sa faux comme plâtre
Je ne dis pas cela pour démoraliser
il faut regarder le néant en face
pour savoir en triompher
Le chant n’est pas moins beau quand il décline
Il faut savoir ailleurs l’entendre qui renaît
comme l’écho dans les collines
Nous ne sommes pas seuls au monde
à chanter et le drame est l’ensemble des chants
Le drame il faut savoir y tenir sa partie
et même qu’une voix se taise
Sachez-le toujours le coeur profond
reprend la phrase interrompue… »
Louis Aragon
A noter qu’il existe une très belle version chantée de ce texte (mis en musique et interprété par Jean Ferrat).