« L’écriture ajoute une ombre à la lumière tout autant qu’une lumière à l’ombre. Nous cherchons dans les mots ce qui disparaît du monde, la main qui manque, les gestes oubliés. C’est l’eau qui tombe d’une horloge pour abreuver les pas, la terre endormie s’éveillant sous le soc du rêve, une lampe inquiète qui dissipe la brume. C’est le ventre encore chaud où l’on revient parfois, la flamme latente dans les paroles éteintes, l’espace entrevu entre silence et cri, entre le noir et les images. C’est la note feuillue qui pointe dans le bourgeon avant qu’elle n’aille rejoindre toute la symphonie d’un arbre. (…)
J’écris comme je marche. Je parle en respectant la vie. Je n’écris pas pour décrire mais pour toucher. Le lecteur n’est pas un spectateur mais un participant. Ses yeux travaillent au noir dans le champ des images. (…)
Je laisse pour la nuit une lampe en papier éclairée par le rêve. Elle guide les fantômes qui se croyaient perdus, les fontaines oubliées, les fleurs non écloses attendant leur abeille. L’image perd ses eaux dans le sillage des yeux. Il y a comme une éclipse de nuit dans les regards ouverts. Se perdre quelque fois, nous mène à l’origine. (…) »
Jean-Marc La Frenière