« Elle a quitté la ville. Va à l’écriture comme d’autres au bois, au charbon, ou au rien. De cailloux en herbes, de noyaux en cerises, l’arbre est son crayon, la terre son cahier. Et les mots quand ils veulent. L’unique est sa marche. De jour, on la connaît à son silence, l’éloquence de ses yeux. De nuit, à sa pensée taillée de près. Ses sandales sont usées. Son rêve est dans sa poche. Elle le touche souvent. Boussole. Ses mains retiennent l’eau, on peut y boire. L’ourlet de sa robe ne se déchire plus, elle l’a coupé, on voit ses jambes nues. C’est une fille loin des foules. On dit qu’elle exagère, qu’elle veut la fusion, l’osmose, ces choses impossibles. On dit qu’elle en veut trop. On dit. Mais ceux qui disent n’ont jamais regardé le soleil en face. Elle si. »
Ile Eniger