Evoque les formes

« Quand ils eurent mangé il emmena le petit sur le banc de gravier au-dessous du pont et il repoussa la mince couche de glace de la berge avec un bâton et ils restèrent agenouillés là pendant qu’il lavait le visage et les cheveux du petit. L’eau était si froide que le petit en pleurait. Ils allèrent un peu plus loin sur le gravier pour trouver de l’eau propre et il lui lava encore les cheveux du mieux qu’il pouvait et il finit par s’arrêter parce que le petit poussait des gémissements tellement l’eau était froide. Il le sécha avec la couverture, agenouillé à la lueur du feu avec l’ombre entrecoupée de la charpente du pont sur la palissade des troncs d’arbres de l’autre côté du ruisseau. C’est mon enfant, dit-il. Je suis en train de lui laver les cheveux pour enlever les restes de la cervelle d’un mort. C’est mon rôle. Puis il l’enveloppa dans la couverture et le porta auprès du feu.

Le petit était assis et vacillait. L’homme l’observait de peur qu’il ne bascule dans les flammes. Du pied il dégagea des emplacements dans le sable pour les hanches et les épaules du petit à l’endroit où il allait dormir et il s’assit en le tenant contre lui, ébouriffant ses cheveux pour les faire sécher près du feu. Tout cela comme une antique bénédiction. Ainsi soit-il. Evoque les formes. Quand tu n’as rien d’autre construis des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle. »

Cormac Mc Carthy, La route

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