« J’ignore à vrai dire tout de ce que j’écris, de ce que je rêve, pourquoi j’en rêve, pourquoi je l’écris, comment. Je ne sais rien de ce que je fais. Je le fais, c’est tout. Je rêve que je le fais. Je cherche quelque chose. Je ne sais quels chemins sont les plus favorables. Je les emprunte tous, tour à tour ou simultanément. Il y a ces lettres que je vous écris. Je m’adresse en vous au plus indifférencié de vous, à ce plus faible dénominateur commun, la nuit, la table rase de la nuit.
Je vous parle à partir de ce don d’inexistence également réparti entre chacun de nous. Cet héritage de la plus pauvre folie. Cette inaliénable égalité devant le vide, l’horreur du vide, la souveraineté du vide. Que nous la reniions ou non, peu importe. C’est là que nous sommes. C’est là qu’adviennent les rencontres. »
Christian Bobin