Les barrières sont si légères

« Curieuse façon du silence que d’imposer ce chant d’un coq lointain,

de renverser les saisons,

de faire venir au goût cet été sommeillant, éternel.

Cette solaire enfance.

Visitation du silence.

Ici, entouré de présences plus fortes qu’un hiver.

Ici où, presque, la parole m’est retirée,

m’est donné ce glissement non pas fataliste

mais comme une résignation plus haute.

Que, par exemple, ce dialogue muet est plus important ;

que la vérification du lieu se passe de paroles,

passe uniquement par le corps

comme une source qui l’irriguerait.

Trois points lumineux où se cache le soleil sous une masse grise,

c’est un signe et il se change en ces fumées lointaines au pied du mont,

en rouge-gorge sur une branche nue de micocoulier,

en cette main qui trébuche sur le papier.

Mobilité du signe mais aussi profonde mutation d’être.

Les barrières sont si légères ! »

Pierre-Albert Jourdan

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