« Dans ma maladie qui fait aussi ma santé, c’est-à-dire l’écriture, les choses m’attirent parfois. (…) Cette chaise, elle a une présence quasi humaine. Quasi humaine. Je peux vous donner un autre exemple si vous voulez, récent. Hier soir, j’ai été harponné comme ça… Je sors d’une pièce, je sors de la salle à manger et puis, au dernier moment, j’aperçois, alors qu’elles y étaient depuis des jours, mais j’aperçois vraiment, je vois, je découvre six pommes rouges. Rouges, mais comme les enfants qui ont les joues rougies par le froid. Dans une assiette creuse, sur la table. Et je m’assieds et j’écris sur ces pommes rouges. Parce qu’elles appelaient, parce qu’elles avaient une présence mais d’une puissance incroyable. Elles produisaient un silence, très bienfaisant, un silence irradiant. Et les choses, parfois, comme ces pommes, comme cette chaise me parlent comme si elles étaient des poèmes abandonnés qui ne demandent qu’à être lus. Qui ne demandent qu’à être lus. »
Christian Bobin (entretien)