« La souche, c’est l’enfance, c’est un regard d’enfance sur les choses et les gens et les savoirs. Les tout jeunes enfants ont cette singularité de faire peu de crédit aux dogmes, aux connaissances que nos paroles colportent, mais par contre ils vont repérer une petite faille, ils vont repérer un léger désaccord entre la personne et ce qu’elle dit. Et c’est par toutes ces fissures que quelque chose de l’invisible ou d’une autre vie arrive. C’est ce regard-là, que je pourrais presque qualifier de regard des nouveaux-nés, c’est ce regard-là qui peut aussi bien engendrer, beaucoup plus tard, le poème ou la prose poétique que, disons, des songes spirituels. »
Christian Bobin (en entretien avec Frédéric Lenoir)