Œuvre de vie

« J’écris

parce qu’il y a la nuit le jour

l’aube le crépuscule l’ombre et la lumière

et qu’il y aura toujours des saisons pour le rêve

j’écris parce qu’à l’origine

est cette planète qui nous accueille

j’écris parce que la houle au cœur

je n’ai jamais oublié le rythme de la mer

j’écris aussi par amour et pour le lieu secret qui nous hante

le poème est rituel de lumière

j’écris pour trouver des raisons à notre présence à nos actes

j’écris contre l’absurde

(…)

j’écris parce que j’ai appris à lire le sable et l’eau l’ombre le nuage et le vol des oiseaux

j’écris pour me rattraper au bord du monde

reprendre souffle m’arrêter regarder écouter

j’écris comme veille une lampe au revers de la nuit

j’écris sans attendre demain

j’écris parce que le temps dans le poème se vêt d’éternité

chaque poème est prière

j’écris pour sauver les mots vrais

qu’ils gardent le regard clair

les mots qui sur la page

illumineront ceux qui nous viendront aux lèvres

j’écris parce que je suis un passeur de mondes

(…)

j’écris pour combler les trous noirs de chaque jour

j’écris pour savoir pourquoi j’écris

et pour la découverte les tâtonnements

les fulgurances dans le poème

et parce que c’est ma façon d’être libre

(…)

j’écris parce que le monde

n’est pas une rumeur derrière la vitre

(…)

j’écris pour délivrer mes voix multiples qu’elles soient souffle et source

du fond de ma nuit elles se fraient un chemin jusqu’à l’aube de la page

une aile traverse son frémissant silence

des jardins se reflètent en ses miroirs bleus

écrire c’est repousser les frontières de l’ombre

la lumière est promesse elle n’a point de visage sinon les traits fuyants de l’amour

j’écris parce que je suis

et pour apprendre à être davantage

(…)

j’écris parce qu’un inconnu un jour commença un poème

nos mots sont fragiles et pourtant ils vivent

(…)

j’écris pour voir au-delà

(…)

j’écris parce que la vie le temps la terre nous sont volés

(…)

j’écris parce que poésie et silence sont l’écho et l’œuvre de ma nuit

mon authentique langage celui qui résiste aux cendres à l’oubli c’est ainsi

(…)

j’écris aussi j’écris toujours

parce que en moi l’enfant n’est pas mort

(…)

j’écris parce qu’il n’est pour moi nul lieu autre que le lieu du poème

(…)

j’écris pour faire œuvre de vie. »

Amina Saïd

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