Raconte-moi

« Et vint un mec d’outre là-bas
D’outre saison
Et de la nuit des temps
Qui te tendit les bras

Regarde-toi dans moi
Quand tu te regardes dans une glace
Elle te voit la glace
Tire tes cheveux un peu sur la droite
Non pas sur ma droite
Sur ta droite…
Là où je vis
Là où je meurs
Il n’y a ni droite ni gauche
Moi j’ai appris la droite et la gauche
Ici
Dans ta rue
Dans tes aéroports
Sur la mer quand on regarde loin
De la fenêtre de ta chambre ou de la mienne
Le temps c’est mon ami on joue ensemble
Je t’apprendrai si tu veux
Tu as bien le temps
Les nuits sont longues
Et puis le temps c’est notre ami à tous les deux
A tous les cent
A tous les mille
A tout ce qui essaie de respirer pour ne pas être en reste
Devant la moisissure du bonheur et de la chance
Je suis peut-être l’illusion
Comme l’envers de nous
Comme un sourire du déjà vu ou du déjà fait
De la caresse et du silence à reverdir sans cesse
Dans l’absolu de l’inédit

Raconte-moi raconte-moi…

Ta montre fous-la en l’air
Imagine… Imagine…
Rien qu’une éternité au cent millième
Et quelqu’un m’a dit aujourd’hui :
L’univers c’est un autobus arrêté et qui voyage
C’est un avion perché au-dessus de ton lit
C’est une envie de te laver dans le bleu de ma voix
Moi je suis d’un autre verbe et d’une autre grammaire
Je t’aime tu m’aimes ils s’aiment
Je ne sais pas ce que cela veut dire
Je suis d’une étoile perdue, fichue, éteinte
Qui ne se souvient de rien
Parce que les souvenirs chez nous
C’est le présent qui s’ennuie. »

Léo Ferré

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