« Elle avait dépassé l’expression articulée de la vie, celle qui crée des mots et des formes qui ne sont que des compromis pour tout le monde, elle revivait la première et magique rencontre avec soi, le délire du premier étonnement devant le mot et l’image… Ce qu’elle créait était grimaçant, désordonné et pauvre, effréné et pourtant raide, vu de l’extérieur. Mais vu de l’intérieur, c’était, pour la première fois, l’expression de son être tout entier : sans intention, sans réflexion, presque en dehors de la volonté ; cela devenait une seconde chose, durable, plus grande, c’était la transsubstantiation d’un être humain en un fragment d’éternité. »
Robert Musil