« Je travaille et je vois, après.
Je travaille sans voir – je vois parce que je travaille.
Je travaille. A force, je vois un peu, parfois. Il ne faut pas en demander trop.
Extrême lenteur. Labour.
Je laboure et vois après ce qui a été retourné – terre, ciel, morts, vifs, mots…
Besoin de lancer dans la langue comme un tracteur lent, besoin
De cette épaisseur empierrée, caillouteuse, pas facile, besoin
Peut-être de cette résistance de la terre pauvre.
Les mots, la terre, comme compactée de sens à force de passages…
Une sorte de masse de possibles sans fin et le poème ne sera qu’une suite de connexions dans ce trop de possibles.
C’est comme ça.
Beau temps clair ici – plein bleu et immobilité des branches.
Comme bien plus de silence. »
Antoine Emaz