« Comment s’y reconnaître ? Je crois qu’on n’interroge la poésie qu’au moment où déjà elle nous a quittés, elle l’interrogatrice… Et s’il est une réponse à la question que pose la poésie, je ne la vois que dans les poèmes où, comme dans les devinettes en images, les oreilles du loup, l’auréole de l’ange ou la taille de la bergère restent confondues aux replis des arbres et des nuages. Parfois je me figure qu’il n’y a pas de lacune – mais des relations si subtiles, si complexes, qu’elles découragent l’analyse et qu’on préfère les nier – entre les arrangements de la réalité et ceux des mots en poésie ; qu’un poème, dont on peut affirmer qu’il est le comble de l’artifice, appartient tout aussi naïvement à la nature que les cristaux de neige, les fleurs, les tourbillons du vent. Et qu’enfin, à certains moments, c’est l’énergie du monde elle-même qui choisit de s’écrire, qui nous prend pour transformateurs et reporte dans le langage le silence de son énigme. »
Jacques Réda