« S’ébrouer comme un animal,
mais en se libérant de beaucoup plus que l’animal :
de la poussière que laisse la pensée,
des raideurs qui enrôlent la mort,
des taches de l’amour et des pluies sales
qui tombent des corniches
ou d’un ciel trouble, empoisonné.
Se libérer des guenilles du temps,
de la complicité des lieux tristes,
des marques laissées par le bonheur,
des restes douteux du banquet,
des serpentins macabres de la douleur.
Et un jour d’ébrouements calculés,
se libérer même de son ombre,
de cela qu’on appelle soi-même
et de ces frôlements qu’on appelle les autres.
Un jour enfin se libérer
de l’éternité défigurée de la vie
comme d’une autre couche de poussière. »
Roberto Juarroz