L’énonciation, fonction du langage

« Quand l’ouvrage a paru, son interprétation par l’auteur n’a pas plus de valeur que toute autre par qui que ce soit. Si j’ai fait le portrait de Pierre, et si quelqu’un trouve que mon ouvrage ressemble à Jacques plus qu’à Pierre, je ne puis rien lui opposer – et son affirmation vaut la mienne. Mon intention n’est que mon intention, et l’oeuvre est l’oeuvre. »

Paul Valéry

« Les propos de Valéry questionnant la place de l’auteur par rapport au texte rejoint la conception de Roland Barthes (« La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur »). Ceci est pertinent. Mais cette pensée peut être menée plus loin. Ainsi que je l’ai déjà évoqué, l’auteur et le lecteur, au-delà de leur réalité physique, sont également et surtout des dimensions intervenant directement dans le rapport qui s’établit entre celui qui écrit et son texte, dans le temps de la conception de ce dernier. L’écrivant est à la fois l’auteur et le premier lecteur du texte, celui qui contrôle certains aspects du texte et celui qui le reçoit, qui le suit, qui est susceptible d’être métamorphosé par lui. Par le biais de la dimension du personnage, la part contrôlante peut occuper une place minimale tandis que la part qui reçoit, suit et se métamorphose peut alors se déployer. Cette recherche possible et quasi-alchimique d’équilibre, du point de fiction, de la juste proportion entre les dimensions de l’auteur et du lecteur, et qui est dévoilée par la situation de l’écrivant au lieu de rencontre avec son écriture, s’opère en fait dans l’espace du texte proprement dit, dans le langage et par lui. Il est clair que Valéry envisage toujours cette dualité de l’auteur et du lecteur du côté du texte devenu objet, transmissible à des autres. Mais l’intérêt véritable de ce questionnement n’apparaît que si on l’envisage à partir du texte et de l’espace d’écriture, et d’eux seuls, lorsque le texte n’est pas un objet, un message, un discours, un ouvrage mais qu’il est, lieu expérientiel, au carrefour, portant et actualisant en lui toutes les réalités, les dimensions et les mises en rapport possibles.

A ce propos Barthes a une vision sans doute plus complexe que Valéry lorsqu’il conçoit que l’auteur n’est plus à l’origine du texte et que, dès lors, celui-ci provient du langage lui-même. Selon lui, le «je» qui s’exprime, c’est le langage, pas l’auteur. Et l’énonciation devient une fonction du langage. »

Je le dirais, moi, comme ceci: l’auteur et le lecteur, ainsi que le personnage, sont le langage, ils résident en lui, en font partie intégrante et naissent de lui. Quant au langage, il est au noyau de l’être.

Cédric Migard

 
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