Main voyageuse

« Il existe un pays semblable à ma mémoire
où l’approche d’un pas fait un doux bruit de clefs.
On se sent le besoin de poser les genoux
et d’aller à genoux vers cette forme humaine
qui respire et qui bat sans qu’on sache comment
— car saura t-on jamais quelle main voyageuse
fait chanter tristement le coeur hanté du bois
afin que cette nuit un homme se demande
la raison de ce chant qui monte jusqu’à lui.


Aussitôt que j’entends s’épouvanter ton aile,
lourde porte du temps qui m’aura vu passer
alors que jeune encore je croyais en des routes
douces à la fatigue épaisse du marcheur,
c’est un peu comme si un vent des hautes sphères
écornait le front blanc du monde et me lançait,
pomme de pin rongée par des dents de colère,
sur l’océan où nul vaisseau ne hanterait.

Rien de moi n’est plus moi ni mes genoux dans l’herbe,
ni cette obscure main qui cherche à dérober
un vil morceau de plomb au sommeil de la terre
ni ce coeur de vingt ans dont les bords sont brisés.
Je marche loin de moi sur des routes sans nombre,
une porte d’azur ouverte à mes côtés. »

Hélène Cadou

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