« Je parcourais
Sur la page
Les sentes
Qui n’étaient pas encore au monde
Avec mes doigts
De terre
De cailloux
D’herbes folles.
Sur la page,
Je frayais une voie,
Je semais
Et n’étais pourtant que sillage.
La nuit titubait
Avec nos vies
Sous les flashs des nuages,
L’électricité de la sève,
De séquence en séquence
Ainsi qu’un enfant à la fenêtre
Compte
Chaque temps suspendu
Après un nouvel éclair.
Toujours
Sur la page
S’imprimaient les ombres des arbres
Parmi lesquelles s’avançait un corps
Comme en une forêt réelle,
Avec tout son poids de silence,
Trop beau pour être vrai,
Et me rejoignait cependant,
Me touchait
Avec des signes de reconnaissance.
C’était moi
La page
Et c’était toi
Et l’eau venait
Entre les lignes
Comme la fontaine se remet à parler
Parce que tout le village a consenti à se réunir autour d’elle,
Visages de source,
De connivence buissonnante.
L’amour maraudeur
A volé pour nous
Une pomme,
Un collier de soleil au fond des greniers.
Sur la page
Infuse une parole ;
C’est le thé que nous boirons quand nous reviendrons
De la promenade
Gouvernée par le nom des choses muettes
Et la métaphore des mains.
Puis nous retrouverons la nuit
En même temps que nous-mêmes
Par la sente sur la page,
Nous ne dirons pas que nous avons retrouvé notre pays
Parce que nous ne voulons pas montrer du doigt
Parce que nous suffit désormais cette terre brûlante dans nos yeux. »
Cédric Migard