A la première personne

« Je peux me consumer de tout l’enfer du monde
Jamais je ne perdrai cet émerveillement
Du langage

Jamais je ne me réveillerai d’entre les mots
Je me souviens du temps où je ne savais pas lire…
Il n’y avait à la maison ni l’électricité ni le téléphone

En ce temps-là je prêtais l’oreille aux choses usuelles

Pour saisir leurs conversations

J’avais des rendez-vous avec des étoffes déchirées

J’entretenais des relations avec des objets hors d’usage

Je ne me serais pas adressé à un caillou comme à un moulin à café

J’inventais des langues étrangères afin

De ne plus me comprendre moi-même

Je cachais derrière l’armoire une correspondance indéchiffrable

Tout cela se perdit comme un secret le jour
Où j’appris à dessiner les oiseaux

Qui me rendra le sens du mystère
Qui me rendra l’enfance du chant
Quand la première phrase venue
Est neuve comme une paire de gants. »

Louis Aragon

Cet article a été publié dans Extraits, Poésie, Théorie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s