« Le corps est une carrière à mots…
L’infini n’est plus devant vos yeux,
Mais derrière,
Dans l’interminable entrelacs. »
Bernard Noël
« Le corps est une carrière à mots…
L’infini n’est plus devant vos yeux,
Mais derrière,
Dans l’interminable entrelacs. »
Bernard Noël
« Ma mémoire s’est assise là.
Elle parle doucement.
Elle ne sait plus trop où elle habite.
C’est un jour où elle pourrait retourner ses poches
Et me montrer ce qu’il y reste.
Je voudrais que ma main se rappelle
Cette manière simple de tenir le monde sans le serrer trop fort,
Et qu’alors entre mes doigts
Ce soit tout de l’être,
Ce soit l’enfant que j’ai été et son chien éclaireur,
Le filigrane de la longue promenade,
Le plein ciel, ouvert comme un livre qu’on n’a pas fini,
Et ce que je ne sais pas encore de la mort maraudeuse. »
Cédric Migard
« Il y avait ce truc bizarre, cette drôle d’idée qui ressemblait à un poème.
Pas vraiment un poème, mais quelque chose qui se taisait,
Qui se tenait droit et en même temps tout tordu, un peu comme un vieil arbre
Dont le fruit qu’on n’attendait pas se détachait sans faire d’histoire
Pour tomber dans la main.
C’était dans un jardin qui savait des choses
Et qui ne les disait qu’aux gens qui marchent doucement.
Le vent, lui, faisait son travail de vent.
Il ramassait ce qu’on laisse traîner quand on ne fait pas attention.
Et il déposait tout ça autour du trou — le trou dans le jardin, dans la parole.
Oui, tout ça autour d’une absence qui est grande mais ne fait pas de bruit.
C’est vrai que la vie parfois jouait à manque et passe.
Alors on lançait son coeur en plein soleil
Pour voir s’il brillerait plus fort que nous.
Puis s’il reviendrait. »
Cédric Migard
« L’ombre tourne sous le hêtre
sans que le soleil descende.
Le soleil stagne au zénith,
les pommiers plient sous leur charge.
La respiration d’une herbe,
le chemin secret des taupes,
la fumée droite et tranquille
d’un hameau qui brûle au loin.
Sous le silence on entend
un autre silence. »
Jean Grosjean
« Les poèmes sont souvent les empreintes de ce qui se passe dans l’homme. »
Jean Grosjean
« L’épaisseur du monde, la légèreté des mots se mêlent dans un même courant. »
Max Alhau
« L’humain est plus dur pour lui-même
que n’importe quel roc envers sa matière
je ne fermerai jamais cette minuscule porte de sortie :
la beauté est l’unique évidence
ce qui est lourd tombe plus vite
ce qui est léger s’attarde à la terre
ce qui marche fixe l’horizontal
ce qui s’arrête lève la tête
quand le cœur cogne à la vitre des yeux
pour mieux sortir de nous et du temps
il faut le prendre dans les mains
le donner aux suivants
parfois je remonte sur la montagne
une corneille m’y répète : ouais ouais ouais
tu as le droit de ne plus être visible
on peut même quitter ce qu’on croit. »
José Acquelin
« Nul, sans ailes, n’a le pouvoir de saisir ce qui est proche. »
Friedrich Hölderlin