Déjouer l’intentionnalité

« Il y a quelque chose d’incongru à tenir un discours sur l’humilité ! Ayant accepté d’en parler, je me limiterai aux bénéfices qu’on peut tirer de cette vertu dans la pratique de l’écriture. 

On est amené poétiquement à une humilité fondamentale puisque dans l’écriture poétique ou dans l’écriture d’une prose soutenue il s’agit d’acquérir un savoir-faire dont on ne doit pas faire étalage. L’écriture doit être dénuée de prétention à posséder son sujet. La plus belle phrase est celle qui semble donnée, non celle qui semble atteindre la maîtrise de l’expression. Celui qui écrit se met entre parenthèses dans l’attente d’une sorte de grâce. Et cette grâce ne nous sera donnée qu’à condition de renoncer à l’illusion d’une maîtrise. Il s’agit de déjouer le plus possible l’intentionnalité et d’attendre que quelque chose vienne nous surprendre dans l’acte même d’écrire. Lorsqu’on est bloqué sur une page, ce n’est pas avec la volonté forcenée d’en venir à bout, ni en accumulant des efforts dramatiques pour en finir que nous en sortirons. La plupart du temps tout se dénoue de façon insolite et telle que l’on a l’impression de n’y être pas pour grand-chose.

C’est pour cela que je ne déteste pas être dérangé. J’aime que le téléphone sonne. J’aime qu’on m’appelle ; j’aime être interrompu. Car plus je suis interrompu, plus en moi se ranime secrètement la chose en train de se faire, de sorte que bientôt la phrase trouve son équilibre. L’écrivain est donc tenu à un devoir d’humilité. Et si l’on réfléchit à quoi tient l’écriture, je ne crois pas que ce soit à l’originalité du discours ; nous venons bien tard… Donc tout se joue dans l’arrangement des mots ; la beauté des choses tient à ce qui est imperceptible. En effet celui qui écrit se voue à une sorte d’attention distraite portée à l’imperceptible. Donc plus on se détourne du discours et de la volonté de dire, plus on porte attention au rythme, à la musique, au souffle, au silence, plus on approche d’une phrase vivante. A l’inverse, plus on est dans la prétention plus on s’enfonce dans le ridicule. »

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Le monde tel qu’il se présente

« Vous dites : le réel, le monde tel qu’il est. Mais il n’est pas, il devient! Il bouge, il change! Il ne vous attend pas pour changer… Il est plus mobile que vous ne l’imaginez. Vous vous rapprochez de cette mobilité quand vous dites : tel qu’il se présente. Il « se présente » : cela signifie qu’il n’est pas là, comme un objet. Le monde, le réel, ce n’est pas un objet. C’est un processus. »

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Un pays de mains tendues

« La feuille même où j’écris serait-elle un pays de mains tendues ? »

Antonio Ramos Rosa

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Vers l’initiation

« Le mot qui court…

est celui du chemin,

qui va vers l’initiation. »

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Est-ce moi qui marche ce soir ?

« Est-ce moi qui marche ce soir

Dans ma chambre ?…

Je regarde autour de moi

Et trouve que tout

Est semblable et ne l’est pas…

La fenêtre était-elle ouverte ?

Ne m’étais-je pas déjà endormi ?

Le jardin n’était-il pas vert pâle ?…

Je crois que mes cheveux étaient noirs…

J’étais vêtu de gris…

Et mes cheveux sont gris

Et je suis vêtu de noir…

Est-ce là ma démarche ?

Cette voix qui maintenant résonne en moi,

Porte-t-elle les rythmes de la voix qui était mienne ?

Suis-je moi-même ou suis-je le mendiant

Qui rôdait dans mon jardin à la tombée du jour ? »

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La parole poétique

« La parole poétique pourrait-elle exister sans un refus des compromissions ?

Sans se lever contre les pouvoirs et le faux ?

Vous savez bien que non. »

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Dans cette préhistoire

« Bien. Nous avons déjà un mur ;

Il faut le regarder maintenant,

Imaginer la maison.

C’est le meilleur moment

D’une construction :

Tout est clair et possible,

Tout est un don de l’air,

Il n’y a rien encore

À raconter, seulement des rêves.

Restons encore un peu

Dans cette préhistoire,

Cette terre de personne

Où le mur appartient à tous. »

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A l’aune du silence

« Le poids des mots se mesure à l’aune du silence. »

Laïla Cherrat

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