« Et si le poème, tout simplement, existait dans la nature profonde de l’homme, enfoui, masqué par le raisonnable, le complexe et le commerce, éparpillé, désarticulé, mais là, comme sont présentes dans le grand cosmos les molécules de la vie, attendant qu’une foudre, une énergie de hasard les assemble ? C’est mon idée ; incomplète, maladroite, fausse peut-être, mais je veux y croire… Oui, je veux croire que la langue poétique fut la langue originelle qui précéda celle du commerce, qui nomma les choses pour elles-mêmes, par plaisir, sans la profanation de l’utilitaire, par respect de l’univers infini et de ses mystères (…)
Le poème, j’en suis intimement persuadé, est le compagnon de route de la pulsion, du violent désir d’accouplement avec l’univers; mais en disant cette énergie brutale, en la déplaçant vers la part visible du monde, il la civilise, il l’offre en partage à la communauté. Il est créateur d’altérité, en cela, il s’oppose au tout est à vendre, à cet autre pulsionnel dont se nourrit le grand marché. »
Jean-Luc Aribaud