Elle n’a plus de langage

« Elle n’a pas plus de mains

Elle n’a plus de visage

Ses pas s’effacent dans ceux de la pluie

Elle n’a plus de langage

Elle n’a plus de rire

Son nom neige sur une plage que l’heure ne bat plus

Elle n’a plus de révolte

Elle n’a plus d’amour

La mort lui a fait les poches

Dans cette auberge des pauvres où l’on reste seul avec les yeux gris

de ceux qui ont le mal de vivre

Elle n’a plus rien

Rien si ce n’est le désert aux gants rouges

Que prend le jour de l’adieu

Où l’on mange la terre

Le brouillard bleu de l’étang

Rien

Si ce n’est le silence la morsure

Qui crache un mégot de brume

Quelque part du côté de Nevers

Rien

Elle n’a plus rien

Pas même la lèpre

Se taire pour savoir si l’été est rouge

Décrocher la lumière

Des chiffres s’envolent

Attendre deux heures

A compter les années comme des secondes

Après la boue

La mort

La cendre

La vie brûle devant moi et mâche le cigare d’un corps. »

Claude de Burine

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