« Pourquoi écris-tu de la poésie ? Peux-tu nous le dire ?
Va savoir pourquoi l’abeille butine l’hymen des fleurs, pourquoi le soleil fait don gratuitement de sa lumière, pourquoi l’homme et la femme sentent monter en eux au même moment le fluide de la reconnaissance et de la fusion, pourquoi le nouveau-né sourit pour la première fois alors que ses yeux distinguent à peine ce qui l’entoure. Sans parler du pourquoi de ces pourquoi. Qui, quoi parle en nous cet idiome venu du continent intérieur et qui n’est d’abord traduisible dans aucune langue reconnue car poussée vitale dont on ne peut happer avec les mots que la partie infime, quelques ruisselets participant modestement du fleuve caché de sa houle ? »
Abdellatif Laâbi