« Je vous viens d’un pays en dedans des souffrances
Où je dois me créer grâce à mes créatures ;
J’y possède depuis mon premier souvenir
Un cheval immobile qui mâche de biais
Son trèfle…
Dans ce pays en dedans des souffrances,
Le chuchotis du temps n’alourdit plus les branches,
Les mots tombent de moi, sans poids, plus nuls qu’un songe
Où jamais ne s’émut que le remous d’une ombre ;
Trop imagés de mort pour n’être pas présages,
Mes héros délivrés m’ont laissé leurs blessures.
Dans ce pays en dedans des souffrances,
Voici ma joie, oui, joie, – semblable à ma torture :
J’y murmure très seul des silences plus ténus
Que moi-même…
Seuls les jeux des oiseaux, des ruisseaux, des herbages
M’aident lorsque je veux descendre en votre sang
Pour céder tous mes cris à l’amour des vivants…
Et lorsqu’au sol enfin j’accède en égaré,
J’y suis contrebandier. »
Armand Robin