L’espace nourricier

« Un jour, bientôt peut-être.

Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.

Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien,

je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler…

Vide de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier…

Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel,

au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter…

Abattant le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance,

je plongerai dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert à moi-même,

à une nouvelle et incroyable rosée. »

Henri Michaux

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