Sûre saveur d’éternité

« Leurs bouches errantes n’osant se joindre baisèrent joues et yeux et fronts et creux du cou. Il la serra contre sa poitrine, sans mots, comme s’il voulait en lui la faire entrer. Elle en exhala une plainte tant extasiée que se firent des houles et des grognements de proche réveil sous la voûte… Elle enfuit vivement la figure dans sa tunique et la mordit pour ne point geindre, et resta ainsi sans plus vouloir se défaire, farouchement agrippée, comme si elle craignait de voir s’échapper la chaleur de sa propre vie, et gémissant encore d’aise à sentir caressée sa chevelure défaite et la longue courbe de son dos. Cela leur parut ne durer qu’un instant, et ce fut l’aube. Mais mille jours et nuits seraient passés, mille saisons ou mille années, ce temps n’aurait pas plus duré, et pas plus qu’en ce court moment ils n’auraient goûté plus sûre saveur d’éternité.

Ce jour à peine éveillé lui parut en paix inespérée, et semé d’or parmi les arbres. »

Henri Gougaud

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