Poème de moi enfant

« Sous cette peau
il y a la peau douce d’un enfant
qui dort à peine
qui porte sur son dos
qui marche jusque dans ses rêves :
ses pieds sont deux fruits sans écorce
sa charge est un volcan
son chemin est de pierres.

Et cet enfant
depuis des années
se lève
à la première lueur du jour
et sort derrière sa mère.

Le village reste en contrebas,
ses ruelles comme des serpents
ses maisons comme des poules
son église longue et blanche
comme un lapin dans l’herbe.

Là-haut, il y a sa propriété privée
son morceau de volcan
ses goyaves gorgées de miel et de moineaux
ses papayes suspendues comme des ruches
sa terre à moitié stérile…

L’enfant est un guerrier
il tient dans ses mains une fronde et une machette
pour vaincre la nature
et chasser les animaux de la forêt
l’enfant est un poète
il porte sur sa langue des centaines de mots
pour donner un nom aux choses :
au pin ; pin
au chêne vert ; chêne vert
au ravin ; caisse de balafon
aux oiseaux ; avions
aux insectes ; dindon, vachette, etc.
l’enfant est un esclave
il porte sur le front
la trace du mecapal
comme le bétail est marqué.

Quand il grimpe le volcan, il est fourmi
cachée dans le bleu et le vert.

En contrebas du village il y a la vallée
large et plate comme un lac
et au milieu, la ville
blanche comme un bateau
avec ses rues droites
ses églises hautes
ses cloches qui secouent le verre du ciel quand elles sonnent
son parfum de violette dans un vieux livre
sa bouche édentée de patronne.

L’enfant ne la voit pas
il monte
il sue, il court derrière l’ombre de sa mère.

L’enfant et la mère arrivent à leur morceau de terre
l’enfant et la mère le fertilisent de sueur et d’espérance
il monte aux arbres
se déplace sur les branches comme un écureuil
coupe les fruits
elle ramasse.

Plus tard,
ils descendront ensemble, laissant le volcan dans le dos
à pas lent, comme des bêtes de bât
elle, courbée sous le poids de la corbeille
lui, sous le poids du sac.

Demain
ils quitteront à nouveau le village
mais pour aller à la ville
à pieds
ployés sous la charge
transpirant comme des bêtes
en continuant de transpirer au marché, le soleil sur la tête
en transpirant ils rentreront au village

Parfois
il n’ira pas au marché
il attendra sa mère dans un coin de rue
il viendra à sa rencontre
en sautillant comme un ballon heureux.

Ceci est une partie de l’histoire de l’enfant
qui un jour cessera
il ne sera plus ni enfant ni paysan
il respirera profondément
comme quand il descendait la charge à la maison
et se relevait digne comme un arbre.

Pourtant
malgré le temps et l’apprentissage d’un métier
au-dedans de lui-même
au plus profond
cet enfant l’accompagne toujours. »

Jose Luis de Leon Diaz

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