Une force d’agrandissement heureux

« Une force
une force d’agrandissement heureux
effarante extension
une force jusqu’au bout du monde
comment calmer les ailes innombrables de la force qui m’élève ?

un étrange allongement
un étrange prolongement
un dénuement surabondant…

l’air
l’au-delà de l’air est mon protecteur

l’inondation a soulevé mes fardeaux
l’abandon de l’empire de moi m’a étendu infiniment

plus n’ai besoin de mon cadavre
je ne vis plus que de la vie du temple

dans la région du primordial, le récitant se tait…

tremblement si petit en moi
qui m’entretient une si grande paix

objet n’est plus obstacle
savoir, calcul n’est plus obstacle
mémoire n’est plus obstacle
j’ai laissé derrière moi le sot, le sûr, le compétiteur…

à cause d’extrême minceur je passe
à cause d’une minceur qui dans la nature n’a pas d’égale
le courant léger, omnipotent m’a dépouillé
mes déchets ne collent plus à moi
je n’ai plus de déchets…

je suis fleuve dans le fleuve qui passe

que la tentation ne me vienne plus de m’arrêter
de me fixer de me situer
que la tentation ne me vienne plus d’interférer
bienheureuses ondes d’égalisation. »

Henri Michaux

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