C’était un soir

« C’était un soir, j’entendis une voix. Je regardai autour de moi, personne. La pièce était vide. Derrière le fauteuil, dans l’angle de l’armoire, personne ! Le corridor, désert. Pourtant quelqu’un avait parlé.

J’avais des frissons dans le dos, je me retournai : ah ! ah ! non, personne non plus. Une sueur froide… il n’y avait que moi à la maison.

Je devenais fou. Je m’assis au milieu du salon, le vide autour. Désormais, le silence m’inquiétait, il était… silencieux ; j’en avais la chair de poule. Ah ! si le silence pouvait parler. Mais tais-toi, si le silence parlait… Quelle cacophonie !

Le silence cria : je te parle ! Je tombai sur mon cul, le silence m’avait parlé.

J’étais là à l’écouter. On discourait, et plus je me taisais, plus on parlait ; et plus le silence parlait, plus il faisait silence. On s’écoutait tous les deux en même temps. On se comprenait.

La machine à laver se mit à ronronner. Je courus l’éteindre. Enfin quoi ! Qu’on ne nous dérange pas. C’était la moindre des choses.

Je revins m’asseoir au salon près du silence. On avait tant de choses à se dire.

Mais il était tard, le minuit de l’horloge nous interrompit. Le silence s’en alla, comme ça, sans crier gare. J’essayai de le retenir, pas moyen. Le vent s’était levé. Le plancher grinçait, les marches de l’escalier grimaçaient… La pluie commença à frapper aux carreaux. J’appelais entre les gouttes, rien n’y faisait, le silence était parti. »

Jacques Chevalier

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