Ici, tu inventais ta place

« Ici tu as vécu.

Chaque chose t’apprenait sa place.

L’hiver et la saison des fruits, le goût des pommes, le poids des paniers,

le dos courbé sur les genoux, l’odeur de la terre.

Tu connaissais le bois qui résiste au couteau,

qui éclate en parfums sous la hache,

qui se polit entre les paumes.

Et l’arbre qui se tient debout.

Tu comprenais la pierre arrachée au sol, le sable et la poussière.

Tu  bâtissais le mur, tu élevais le toit.

Tu as touché avec tes mains, tu soulevais avec tes bras.

Tu semais sur la terre ouverte, tu fauchais la gerbe.

Tu portais sur l’épaule et menais jusqu’au bout l’office lent du pain.

Tu savourais tes nourritures. 

Chaque chose te disait son poids, sa forme et sa mesure.

Chacune t’enseignait son corps.

Tu essayais ta force et son désir contre chacune.

Et n’oublie pas les larmes ni la sueur, l’eau profonde du sang…

Ici tu inventais ta place. Tu te plantais sur le fragile espace. »

Marcelle Delpastre

Cet article a été publié dans Extraits, Poésie, Théorie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s