Au jour de la présence

« Quand Kafka écrit au hasard la phrase : Il regardait par la fenêtre, il se trouve, dit-il, dans un genre d’inspiration telle que cette phrase est déjà parfaite. C’est qu’il en est l’auteur – ou, plus exactement, grâce à elle, il est auteur : c’est d’elle qu’il tire son existence, il l’a faite et elle le fait, elle est lui-même et il est tout entier ce qu’elle est. De là sa joie, sa joie sans mélange, sans défaut. Quoi qu’il puisse écrire, la phrase est déjà parfaite. Telle est la certitude profonde et étrange dont l’art se fait un but. Ce qui est écrit n’est ni bien ni mal écrit, ni important ni vain, ni mémorable ni digne d’oubli : c’est le mouvement parfait par lequel ce qui au-dedans n’était rien et qui est venu dans la réalité monumentale du dehors comme quelque chose de nécessairement vrai, comme une traduction nécessairement fidèle, puisque celui qu’elle traduit n’existe que par elle et en elle. On peut dire que cette certitude est comme le paradis intérieur de l’écrivain… ce que Hegel appelle le pur bonheur de passer de la nuit de la possibilité au jour de la présence, ou encore la certitude que ce qui surgit dans la lumière n’est pas autre chose que ce qui dormait dans la nuit. Mais qu’en résulte-t-il ? À l’écrivain qui tout entier se rassemble et se renferme dans la phrase Il regardait par la fenêtre, en apparence nulle justification ne peut être demandée sur cette phrase, puisque pour lui rien n’existe qu’elle. Mais, elle, du moins, existe, et si elle existe vraiment au point de faire de celui qui l’a écrite un écrivain, c’est qu’elle n’est pas seulement sa phrase, mais la phrase d’autres hommes, capables de la lire, une phrase universelle. »

Maurice Blanchot

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Dans l’ouverture

« Mon esprit n’est plus à vouloir arracher
Mais à laisser venir dans l’ouverture de leur lampe
Les mots d’un sinueux parcours. »

Pierre Torreilles

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Accumuler des puissances

« Durant les soirées d’été passées au jardin,

le silence prenait sa valeur réelle

qui est celle d’accumuler des puissances. »

Cristina Campo

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Corporéité de la parole

« Le langage du poème voudrait suggérer qu’il existe une spiritualité liée au sensible, une résonance, une corporéité de la parole. »

Jean Sulivan

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La main qui ouvre le poème

« Le silence est un message de l’ombre…

Le silence est une vibration de l’immobile
un chant à naître dans la gorge…

Le silence est une errance
qui indique discrètement le chemin
au milieu du chemin

Le silence est la main qui ouvre le poème. »

Amina Saïd

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Contes de fées

« Les contes de fées ne révèlent pas aux enfants
que les dragons existent.
Les enfants le savent déjà.

Les contes de fées révèlent aux enfants
qu’on peut tuer les dragons. »

Gilbert Keith Chesterton

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Dépouillé de tout

« Dépouillé de tout

Voici que je retrouve le caillou de ma naissance. »

Patrice Cauda

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Accrois l’espace de la terre

« Vis lumineux, crée un poème et va :
accrois l’espace de la terre. »

Ali Ahmed Saïd Esber

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