Un texte sous-jacent

« Comment écrire le désir ? Comment approcher ce qui nous meut, chacun, intrinsèquement… Comment ne pas cesser d’être à-côté, en-deçà, et ne cesser d’imaginer autour de ce réel introuvable, invérifiable, la vérité de notre corps ?


Les effets du désir nous arrivent au futur antérieur. Si seulement on avait su… De cette méconnaissance, de ce temps de retard irrattrapable naît la pensée, je veux dire cette faculté de penser le désir précisément à l’endroit du manque. Pareil au foulard qui s’échappe de main en main sans qu’on puisse l’attraper, mais seulement s’exclamer, après coup : il était là, je l’ai vu. Qu’est-ce qui le retient du côté de l’écriture, dans ce qui le constitue comme écriture même ? Car le désir, je crois, s’écrit, et pas seulement dans les livres…


Parfois celui qui écrit avance dans la pénombre sans savoir exactement ce qui s’écrit mais comprenant confusément que ce qui s’écrit là le précède… C’est le plus mystérieux sans doute, par quel procédé confie-t-on à cette main prolongée d’un stylo ou d’un ordinateur de tracer, presque à notre insu, ce qui s’écrit ? Car dans toute écriture, je crois, il y a un texte sous-jacent à ce que l’on veut conduire en ligne de tête, et que l’on maîtrise avec plus ou moins de talent et de force. Ce sous-texte que l’inconscient arme comme il arme nos rêves, nos lapsus, nos actes manqués, les dates signifiantes de nos vies, les prénoms aimés… Là précisément se trouve à se risquer, vraiment, le désir. »

Anne Dufourmantelle

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Mots partagés

« La paix…

Qui n’est pas colombe…

Mais simple objet du cœur régulier.

Mots partagés et partageables entre les hommes

Pour dire la faim, la soif, le pain, la poésie,

La pluie dans le regard de ceux qui s’aiment. »

Salah Stétié

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Bercer comme la mer

« Ce nom qu’il a tant modulé déjà mais qu’il lui faut encore bercer comme la mer. »

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Une clef

« Entre dans la maison.
Consens à la douceur,
Aie pitié de la matière des songes et des oiseaux.

Invoque le feu, la clarté, la musique des flancs…
Ne sois pas comme l’ombre…

Répète les syllabes
où la lumière est heureuse et s’attarde. »

Eugénio de Andrade

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Toi le féminin

« Toi le féminin
Ne nous délaisse pas ;
Qui n’est point douceur
Ne survivra pas. »

François Cheng

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Une voix ancienne

« Quand ça cesse de haleter,
bribes d’une voix ancienne en moi. »

Samuel Beckett

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Par son manque

« On ne connaît jamais mieux une chose que par son manque. »

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Métamorphosante

« Je ne conçois de littérature que métamorphosante. Une littérature qui soit tout le contraire d’une complaisance ombilicale, d’un désir niais d’être admiré, d’un prestige égocentré dans un jardin de fantasme. Par sa substance et ses signes ravissants, une littérature qui approfondisse notre présence au monde réel et établisse une atmosphère capable d’éveiller nos sens et de convier l’esprit à plus de sagacité. Toute vraie littérature passe par la personne et parvient à une espèce d’impersonnalité propre à chacun. Elle respire et inspire, elle professe la confiance, elle rétablit l’éternelle loi de réflexion et, devant notre doute et notre désarroi, nous fait comprendre que les moyens de métamorphose sont toujours en nous. »

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