Il suffit parfois de se pencher

« Il suffit parfois de se pencher
sur une fleur fanée
qui ne sait plus son nom

De surprendre dans son sommeil
un sentier
tiède de soleil

Un merle blessé dans une ruelle
sans lumière et sans voix

Une gargouille au bord du saut
une mousse aimée des insectes

Ou le sang d’une guerre
encroûté sur le couchant

Pour que soudain
respire un poème. »

Georges Bonnet

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C’est le commencement

« C’est le commencement,

le monde est à repeindre,

l’herbe veut être verte,

elle a besoin de mes regards. »

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La lampe en héritage

« J’ai reçu la lampe en héritage…

Sa lumière, quand elle vient se placer

comme un autre lecteur fatigué

du même livre que moi

ou comme arbitre entre la page blanche

victorieuse une fois de plus ce soir,

et, vaincu, ce que je voulais écrire,

jaillit d’entre des palmes touffues. »

Kiki Dimoula

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Le premier mot

« Chaque jour j’écris le premier mot de mon langage
Je suis neuf jusqu’au crépuscule.
Chaque baiser de l’aube sur la bouche des arbres
Me fait don d’une peau future.
J’écris la langue des pierres et des herbes,
Le dialecte des nuages, le patois des forêts.
Je dis le monde avec le monde pour encrier. »

Marc Alyn

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Les lignes

« De tes yeux aux miens le soleil s’effeuille.

Sur le seuil du rêve, sous chaque feuille il y a un pendu.
De tes rêves aux miens la parole est brève.


Le long de tes plis printemps l’arbre pleure sa résine
et dans la paume de la feuille je lis les lignes de sa vie. »

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Terre qui vint à nous

« Terre qui vint à nous
Les yeux fermés
Comme pour demander
Qu’une main la guide. »

Yves Bonnefoy

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S’arrêter

« Il marchait dans les bois quand il entendit ces rires, ces exclamations, cette joie. Et que faire alors sinon s’arrêter, le cœur battant, écouter la voix des enfants à travers le rideau des branches puis se risquer vers eux, l’autre monde ? »

Yves Bonnefoy

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Un texte sous-jacent

« Comment écrire le désir ? Comment approcher ce qui nous meut, chacun, intrinsèquement… Comment ne pas cesser d’être à-côté, en-deçà, et ne cesser d’imaginer autour de ce réel introuvable, invérifiable, la vérité de notre corps ?


Les effets du désir nous arrivent au futur antérieur. Si seulement on avait su… De cette méconnaissance, de ce temps de retard irrattrapable naît la pensée, je veux dire cette faculté de penser le désir précisément à l’endroit du manque. Pareil au foulard qui s’échappe de main en main sans qu’on puisse l’attraper, mais seulement s’exclamer, après coup : il était là, je l’ai vu. Qu’est-ce qui le retient du côté de l’écriture, dans ce qui le constitue comme écriture même ? Car le désir, je crois, s’écrit, et pas seulement dans les livres…


Parfois celui qui écrit avance dans la pénombre sans savoir exactement ce qui s’écrit mais comprenant confusément que ce qui s’écrit là le précède… C’est le plus mystérieux sans doute, par quel procédé confie-t-on à cette main prolongée d’un stylo ou d’un ordinateur de tracer, presque à notre insu, ce qui s’écrit ? Car dans toute écriture, je crois, il y a un texte sous-jacent à ce que l’on veut conduire en ligne de tête, et que l’on maîtrise avec plus ou moins de talent et de force. Ce sous-texte que l’inconscient arme comme il arme nos rêves, nos lapsus, nos actes manqués, les dates signifiantes de nos vies, les prénoms aimés… Là précisément se trouve à se risquer, vraiment, le désir. »

Anne Dufourmantelle

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