Je t’ai cherchée toute ma vie

« Un coup de frein,
Un nuage passe
Et tout change de couleur.

Surprise sans fin,
Horizons qui n’en finissent pas de se déplier,
Il y a toujours quelque chose plus loin.
Ce qui murmure hors de moi en moi-même…

Ma vie, je t’ai cherchée toute ma vie.
Tu as pris les plus beaux visages
Mais je n’entends que la voix.
Au bord de quelle nuit te trouverai-je enfin ? »

Publié dans Extraits, Poésie | Laisser un commentaire

Le sens inexprimé des choses

« Seuls sont vrais le poids de l’air dans la chambre
et la patience qu’il faut à notre épaule
et les paupières brûlantes
et la parole aride
et les sueurs de la pensée qui s’efforce…

Puis le chant dans la gorge simple et suffisant.

Qu’on nous laisse donc seuls face à l’énigme oui
hommes seuls avec leur souffle
leur prière de peu
mariant les corps à la nuit amoureuse
et là s’allégeant dans l’énigme.

Un seul rythme nous contient…

Un rythme ou un poème
qui tient dans son étreinte nue
le sens inexprimé des choses. »

Publié dans Extraits, Poésie | Laisser un commentaire

D’un rien

« La poésie d’un rien fait un monde. »

Jean-Pierre Siméon

Publié dans Extraits, Poésie | Laisser un commentaire

Les poètes sont des monstres

« Les poètes sont des monstres. Ils n’aiment pas vos machines. Ils ne les aimeront jamais. Une bouilloire – antique grosse pomme de fer talée – est toute la technologie qu’ils supportent. Ils aiment trop la vie pour prétendre l’augmenter. »

Publié dans Citations, Poésie | Laisser un commentaire

L’esprit d’enfance

« Que l’enfance
pour embarquer.

Dans cette barque
déjà hors champ

au-delà peut-être
de ce que la mer consent. »

Cédric Migard

Publié dans Poésie | Laisser un commentaire

Pour un instant

« Vivre n’est possible que pour un instant
mais cet instant est contact avec l’éternité. »

Publié dans Citations, Poésie | Laisser un commentaire

Avec une chose ou son absence

« Tu ne feras pas l’éloge.

Louanger, c’est t’écarter,
Te séparer
De ce que tu louanges.

Car on ne louange pas du dedans,
Mais assurément du dehors.

Tu te tairas, parleras
Avec une chose
Ou avec son absence,

Tu la cajoleras,
Te feras cajoler par elle.

Même le nuage
N’a pas pouvoir
De refuser la caresse. »

Eugène Guillevic

Publié dans Poésie, Théorie | Laisser un commentaire

Pourquoi les enfants croient-ils ?

« Pourquoi les enfants croient-ils ce qu’on leur dit ? Pourquoi accordent-ils foi aux histoires les plus déraisonnables ? Certes, ils sont à l’âge où l’on ne sait pas démêler le vrai du faux. Mais pourquoi font-ils confiance ? Pourquoi penchent-ils naturellement vers le oui plutôt que vers le non ? Et si le fait de croire aux êtres invisibles était une évidence innée, plutôt que le résultat d’une ignorance ?

Le Père Noël sur son traîneau céleste va faire halte sur le toit, descendre par la cheminée, déposer un cadeau, sans bruit, dans tes souliers et reprendre sa course, là-haut, dans le ciel noir. Les yeux s’éclairent et les mains battent. Pas le moindre soupçon de doute. Seraient-ils de sages vieillards, leur certitude émerveillée aurait de quoi nous convertir. Mais non, ce sont des enfants ignorants. Ils ne savent rien de ce monde. Et si grandir c’était aussi perdre une certaine mémoire ? Les poètes au bout de leur vie en redécouvrent quelques bribes. La vie, disent-ils, est mille fois plus vaste que les rêves humains. Et si les enfants savaient naturellement cela ?

Vient l’âge où l’on éteint cette heureuse lumière. Le Père Noël n’existe pas. C’était un mensonge amusant. La merveille hier évidente ? Le fol espoir qui fait aimer l’hiver ? Réveille-toi. Regarde. Il n’y a rien. La rue, les murs, les gens, c’est tout. Le bleu du ciel ? De l’air. Les étoiles ? Des terres mortes. Et cesse de rêver, mon fils. Fais tes devoirs. Il va falloir lutter pour te faire une place. Il a dix ans au plus, l’enfant, quelquefois moins. Le voilà grand. Désenchanté. Il a perdu cette sublime foi aux choses invisibles qui est l’essence même de la vigueur et de la jeunesse. C’est une parole d’Okakura Kakuso, l’auteur du Livre du Thé. Il connaît les saveurs, les douces et les amères.

Il en est qui ne croiront jamais plus au Père Noël. Ils le diront à l’occasion comme on dit de ces choses froides, avec un grincement de porte mal fermée. D’autres en éprouveront une vague souffrance, leur vie durant. Ils rétréciront tout, de crainte d’être dupes. Une fois (une foi ?) suffit. Il ne faut pas croire au Père Noël. J’en connais qui ne se sont jamais relevés de leur chute dans cette épaisseur des choses que l’on appelle le réel. Certes, ils ont vécu, ils ont fait leur chemin, ils sont même, parfois, arrivés. Mais quelqu’un geint au fond d’eux-mêmes. Quelqu’un, pour ne pas dire un ange, un enfant aux ailes brisées.

Redonnez sa chance au Père Noël. Et si le mensonge n’était pas où on le croit ? Et s’il était justement dans cette désespérante exclusivité offerte à la prétendue réalité ? Et s’il n’était pas vrai que ce sont les parents qui offrent les cadeaux ? Oui, c’est moi qui l’ai acheté et qui l’ai déposé sous l’arbre. Mais je ne te paie rien, et tu ne me dois rien. Dans ce monde où rien n’est gratuit, quelqu’un passe chez toi et offre et repart on ne sait même pas où sans même attendre ton merci. Qui fait cette merveille ? Ni toi ni moi. Qui donc? Semons au moins cette question dans le regard de nos enfants. Au moins qu’ils aient une lumière vers qui marcher, dans la forêt qui les attend. »

Henri Gougaud

Publié dans Citations | Laisser un commentaire