Accès à l’autre

« La littérature nous donne accès à l’autre. Dans la vie dite réelle, il nous reste étranger. Comment, sinon par le roman ou l’autobiographie, pénétrer l’intimité d’un paysan du XIXe siècle, d’une jeune Anglaise du XVIIIe siècle, d’un soldat russe, d’un cheminot américain, d’une reine de l’Antiquité égyptienne, d’un noble romain, d’un samouraï, d’un esclave noir, d’un dictateur sud-américain, d’une domestique normande, d’un handicapé mental ? La littérature nous permet de voir par leurs yeux, de sentir avec eux, de multiplier nos vies et nos expériences, de relativiser ce que nous sommes et de nous ouvrir à l’empathie. »

Pierre Jourde

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Ainsi commence le poème

« Ainsi s’achève le roman.

Comme il se doit, le personnage

meurt au dernier chapitre.

On peut le regretter ;

on peut aussi parler de délivrance…

Le livre se referme

sur le héros, sur la raison.

On peut songer à d’autres aventures.

On peut tout oublier.

Ainsi commence le poème. »

Alain Bosquet

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Deux routes

« Deux routes divergeaient dans un bois ;
Quant à moi, j’ai suivi la moins fréquentée
Et c’est cela qui changea tout. »

Robert Frost

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Un geste fondateur

« De ce qui vient du fond de l’oreille, tu n’es pas responsable, ni de ce qui vient de l’horizon, mais tu l’es, pleinement, de leur charnière, le poème.

Les mots ne nous laissent pas seuls, n’en reste-t-il que quelques-uns. Tant d’usages n’ont pas atténué cette urgence de les réunir dans un poème, on sait de moins en moins pourquoi, réunir simplement.

Ces bouts de phrases que nous emmenons dans le sommeil, qui semblent gratuits, incompréhensibles, souvent le poème du matin en découle, presque sans heurts, il ne les explique pas, il les éclaire.

Quel que soit le poème, exprimerait-il une plainte, il nous réintègre en ce flux, le mouvement qui nous empêche de nous appartenir.

Nous ignorons, bien sûr, ce que sera le tout : pourtant, dès que s’esquisse un poème, il nous convoque, et si une syllabe est de trop ou trop faible, nous le pressentons.

Chaque poème dessine sa trajectoire, il ne le fera qu’en se ramifiant.

Poème, ce texte qui s’ébauche, comment ne pas lui imposer un nom ? Mais tu en dirais plus, tu le contraindrais, au lieu de le laisser dire, de l’aider à naître, à se libérer de tout nom.

Pourquoi serions-nous les premiers ? Le poème en nous arrachant à l’orgueil réalise ce miracle, reprendre un geste immémorial, en faire un geste fondateur. »

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Un homme qui dit ce qu’il est

« Je ne suis plus qu’un homme qui dit ce qu’il est

Je n’ai plus du tout besoin de style compliqué

J’ai besoin seulement de quelques mots trempés dans les ruisselets

Et de quelques images, truites argentées que je prends nu-pieds. »

Armand Robin

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Désobstrué

« Fais s’ébouler
tes murs

lance ta vie
sur les chemins

et marche
jusqu’à user
tes chaînes

jusqu’à faire surgir

en toi la patrie
que tu cherchais

et cette source
qui aiguise l’œil

le tient
émerveillé

je déambule
dans la rue
parmi la foule

désobstrué
transparent
anonyme

avec
oui
avec
comme une lumière invaincue
qui pétille
et bat dans mes veines

minutieusement
goulûment
je bois les visages
happe cette vie
qui déferle

je me livre à chacun
je me love en chacun

en moi
s’enlacent des regards
se nouent des étreintes
s’ébauchent des nuits d’amour

et soudain me saisit
le sentiment
suffocant
du mystère de la vie… »

Charles Juliet

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Jardiner ce bleu

« On dirait que le paysage est tout éclaboussé de croyance.

On voudrait jardiner ce bleu, puis le recueillir avec des gestes lents dans un tablier de toile ou une corbeille d’osier. Disposer le ciel en bouquets, égrener ses parfums, tenir quelques heures la beauté contre soi et se réconcilier.

On voudrait, on regarde, on sait qu’on ne peut en faire plus et qu’il suffit de rester là, debout dans la lumière, dépourvu de gestes et de mots, avec ce désir d’amour un peu bête dont le paysage n’a que faire, mais dont on croit savoir qu’il ne s’enfièvre pas pour rien, puisque l’amour précisément est notre tâche, notre devoir, quand bien même serait-il aussi frêle que ces gouttes d’eau d’après l’averse tombant dans l’herbe du jardin. »

Jean-Michel Maulpoix

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En mon pays

« Mes plaines
et mes collines et mes bois
et la Semois et puis la Meuse
et la brume et le plein brouillard
et la pluie qui est amoureuse
de mes toits qui s’endorment tard. »

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