L’analogie poétique

« L’analogie poétique tend à faire entrevoir et valoir la vraie vie absente. »

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L’inexploré en soi

« Écrire, c’est prendre une place. La sienne, d’abord, et celle d’autrui, ensuite, par un jeu de transposition et de langage. Écrire, c’est pouvoir être autrement la nuit, le ciel, la folie, la tendresse, la maladie. C’est atteindre l’inexploré en soi, le latent, cette part de folie commune qui habite chacun de nous, qui nous définit comme humains… »

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Le sable et la vague

« Mais le sable s’écroule

et les mots s’en vont jaunir la vague. »

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Une urgence de l’inutile

« Une pie s’envole, un enfant traverse une rue cartable au dos, l’arbre a perdu une feuille: le poète, toujours, a l’esprit en état d’alerte.

Parce que la poésie ce n’est pas inventer; non, c’est trouver.

Dès lors, dans la Quincaillerie Générale de la littérature actuelle où tout se fabrique à l’esbroufe, nous n’avons plus notre place. Assis seul sur un bord de trottoir, les pieds dans l’eau, le poète joue avec des boîtes d’allumettes vides.

Existe-t-il seulement une urgence de l’inutile, quand seul le pire est permis ? »

Pierre Autin-Grenier

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Enfant tu rêvais

« Enfant tu rêvais
Que rien n’allait plus changer.

Qu’un brin d’herbe
Resterait là pareil à lui-même.

Figé
Dans un instant d’éternité,

Sous la cloche du firmament,
Porté par la lumière
Émanée de quel au-delà ? »

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Ma face de lumière

« Qui marche sur la mer
Et n’est point bâtiment

Qui vole dans les airs
Et pourtant n’a pas d’ailes

Qui peut changer le monde
Et n’en profite pas

Qui est toujours plus grand
A chaque fois qu’il tombe

Qui fait une fontaine
Enchantée de sa tombe

Qui n’a pas d’enfant
Mais des milliers d’enfants

Qui me hante qui est
Ma face de lumière. »

René Guy Cadou

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Rien qui soit définitif

« Tout commence par un jardin – celui que ma grand-mère a dessiné. Dessiné est un grand mot, disons qu’elle a choisi des arbres fruitiers et décoratifs, semé des plantes vivaces, organisé un potager. Le tronc couché d’un vieil arbre y sert de banc. Un lierre court sur la façade de la petite maison. Un massif de forsythias et des lilas mauves font les printemps, des rosiers cernent un parterre de narcisses, des iris prolifèrent à côté de pavots orange et rouges. Il y a l’éternel paysage des murets, où s’accrochent des polypodes, et puis les pelouses de pâquerettes et boutons d’or, les talus où fleurissent les carottes sauvages, les trèfles sucrés, les coquelicots et saxifrages.

C’est un monde en miniature où s’agitent des conspirations, dont nous ne saurons rien mais qui bouleverseront peut-être le continent dans cent mille ans, plus loin encore ou jamais. Comment savoir ce qui se trame dans l’ordinaire des choses, dans leur apparente banalité ? On sait bien qu’échappe à notre acuité la complexité des lois qui font zigzaguer les hirondelles dans les colonnes de moustiques et essaims d’éphémères, conçoivent l’architecture des petits serpents ou des toiles d’araignée, agencent les chants et ballets de tout ce qui vit. On peut devenir métaphysicien en regardant un talus. J’ai six ou sept ans. Une grandeur inconnue me monte à la tête quand j’arpente ce jardin. Dans l’herbe farfouillent des poules. Un voisin élève des dindons, un autre a des ruches. On ne les voit pas, elles colonisent le revers d’un haut mur. Les abeilles viennent pomper l’eau des papyrus qu’on sort l’été de la maison. Les plantes que préférait Mémé, dit mon grand-père.

Tout commence par un jardin. Où l’on converse avec ce qui nous précède et qu’on ne voit plus…

Et quelle patience il faut pour révéler un paysage dans une roche ou un ordre temporaire dans le flux bruyant de cet univers troublé ! À moins que ce discernement ne vienne de la fatigue. Peut-être qu’à force de guetter on s’est affaibli la vue à tenter de reconnaître, et qu’on distingue enfin. Peut-être qu’à force on sait attendre ou accepter même de ne rien voir. Rien qui soit définitif mais qu’on écrit. »

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J’avais des oiseaux

« J’avais des oiseaux sur toutes mes branches.
Des gouttes d’eau et le soleil sur toutes mes feuilles.

Le vent qui descendait vers la vallée
Passait par moi.
C’était moi qui sonnais les cloches des villages
Et qui faisais frémir l’étang.
Mes doigts montaient dans les sapins :

Je sentais grandir la forêt et le mystère. »

Eugène Guillevic

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