L’insoumis

« Il ouvre la fenêtre.

Un instant après, il revient de plusieurs heures de vol.

Tel est le Temps pour lui.

Telle est sa vie. »

Henri Michaux

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Poème aux mains tendues

« J’écris pour tenir tête au silence établi,
pour rallumer des mots éteints par l’habitude
et les garder vivants face à cette hébétude
qui pétrifie le cœur et qui nous désunit.

J’écris pour mieux aimer, poème aux mains tendues,
et j’invite chacun au creux de sa mémoire
à raviver sa soif pour lui donner à boire
à la source ameutée des sensations perdues.

J’écris pour demeurer devant la porte ouverte
et renaître nomade en sachant discerner
en tout feu une escale, en tout lieu un sentier
et en chaque être ému une parole offerte. »

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Dans la lumière perpétuelle

« Amour,
notre parole comme un soleil brûlant
dans un ciel de nuit.

Savoir ce qu’aimer veut dire
dans la lumière perpétuelle
du deuil de sa propre enfance. »

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Il cueillait d’étranges crépuscules

« Il cueillait d’étranges crépuscules

Pour parfumer un pain dans le four de l’hiver. »

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Voyageur immobile

« Voyageur immobile autour de l’écritoire…

Il va seul vers une improbable rencontre. »

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Le réel total

« Le réel total, le seul réel véritable,
n’est accessible qu’à l’intuition poétique
qui par une approche sans cesse renouvelée,
par des chemins si différents jette, dans ses meilleurs moments,
une lumière instantanée,
inexplicable sur ce qui n’a pas de visage. »

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Rebâtir l’espace

« Devant cet arbre

Devant cet arbre ou ce visage

Voici que je reviens devant cet arbre

Que je retourne encore à ce visage

Que je m’arrête aux clairs bourgeons de ces paupières

Que je m’attarde à comparer des yeux, des branches

Voici que de nouveau je suis devant le monde

Devant la porte ouverte et non devant moi-même

Devant le ciel bruissant d’étoiles

Devant la terre et le soleil qui me la donne

Devant cet homme allant sans me connaître

Devant cet autre aux mains tendues

Devant la femme étreinte et son sourire

Devant la foule et son accueil chantant

Voici que je reviens devant ces tas de pierres

Que je retourne encore à leurs baisers de mousse

Que je m’arrête au tremblement d’une aile

Que je m’attarde à cette écume, à ce nuage

Que de nouveau je suis devant les routes

Devant ce long sentier que je retrouve à l’aube

Devant ce dur chemin de nuit qui me ramène

Devant le feu qui me reçoit, devant ses flammes

Devant la chambre vide et le miroir fidèle

Devant les murs brûlés, la table et la fenêtre

Devant le livre ensommeillé la lampe éteinte

Et tout à coup devant cette heure absurde

Ce doute opaque et cette angoisse

Ce blême effroi de la rupture

Où je ne sais plus voir que l’invisible

Plus rien saisir qu’absence et fuite

Et m’abandonne à la stupeur engloutissante

Au noir béant qui m’engloutit

Je parle d’un sursaut dans la durée

D’un seul instant de mort dans le souci de vivre

Quand l’ordre naturel par qui je me situe

Se trouble et se refuse et se défait soudain

Et je reviens devant cet arbre

Ici devant cet arbre, ailleurs devant les pierres

Voici que je retourne encore à ces visages

Que je m’arrête à comparer mes certitudes

Que je m’attarde à rassembler les évidences

Que de nouveau je suis devant le monde

Devant la porte ouverte et non devant moi-même

Pour rebâtir l’espace en sa rigueur première

Et renouer le fil du temps cassé. »

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Le grainetier

« O fleur gourmande de lumière,

tu te tournes vers moi,

tu tètes où naît ma voix. »

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