Pêcher large

« Si le poète veut dire quelque chose, il est inévitable qu’il dise aussi autre chose. Ce peut être une stratégie : dire autre chose pour dire la chose, analogie ou métaphore, ce sont des ruses de guerre.

C’est souvent parce que pour attraper le poisson, on n’hésite pas à pêcher large. Comment faisiez-vous, enfants, sur la plage avec votre seau ? Et qu’y rameniez-vous ? Algue, sable, coquillages et crevettes… Cela ne valait-il pas le poisson manqué ? Et si c’était mieux que le poisson manqué ? Et si ce bout d’univers marin disait mieux la chose que la chose elle-même ? »

Jean-Pierre Siméon

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Mon beau voyage

« Le monde est mon beau voyage
La mer ma robe de fête

Le vent
Mes sandales de feu

Chaque feuille
Est un mot que j’aime

Chaque oiseau
Me redit ton nom

La terre tourne
Et tu me reviens

Toi le même
À chaque saison. »

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Comme un soleil qui se couche

« Non comme un soleil qui se lève

Mais plutôt comme un soleil qui se couche,

Le mot apparaît sur la feuille.

Tout en te venant il passe toujours derrière ta ligne d’horizon,

Jusqu’à te tendre, depuis l’autre terre, un regard.

Il rit joyeusement de toi

En s’ébrouant comme un oiseau dans la flaque du jour qui se lève ailleurs.

L’ailleurs ici, l’ailleurs en toi.

Écrire c’est si peu voir, c’est toujours entrevoir,

Entre voir et entendre,

C’est l’œil qui écoute par un trou de serrure,

C’est le don de rosée

Que la nuit fait au matin

En s’effaçant,

En se déplaçant,

C’est un envers au bout des doigts,

Une parole

Des confins de toi-même

Qui se délivre. »

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Il faut des ailes

« Il faut des ailes pour atteindre le proche. »

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Une possibilité de recevoir

« En fait c’est une rencontre… la poésie. C’est une rencontre au sein de soi-même. Un démêlage, un épluchage. Enlever toutes les couches pour arriver à une possibilité de recevoir. »

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Premiers noms d’amour

« Tandis que le nuage suspendait sa course,
je traçai sur le sable fin son profil ému,
et j’appuyai ma joue sur sa tendre lumière transitoire,
tandis que mes lèvres disaient les premiers noms d’amour :
ciel, sable, mer…

La lumière, faiblement mordue par mes dents très blanches, chanta ;
sur ma langue chanta le sang de l’aurore. »

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Celui qui brûle une allumette

« Celui qui brûle une allumette dans le noir est en train d’inventer le feu.
Dans le miroir, il y a un autre qui guette.
Celui qui regarde la mer voit l’Angleterre.
Celui qui profère un vers de Liliencron est entré dans la bataille.
J’ai rêvé Carthage et les légions qui désolèrent Carthage.
J’ai rêvé l’épée et la balance…


Celui qui descend un fleuve descend le Gange.
Celui qui regarde une horloge de sable voit la dissolution d’un empire.
Celui qui joue avec un couteau présage la mort de César.
Celui qui dort est tous les hommes.
Dans le désert, je vis le jeune Sphinx qu’on vient de façonner.
Rien n’est ancien sous le soleil.
Tout se passe pour la première fois, mais éternellement.
Celui qui lit mes mots est en train de les inventer. »

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La garde des secrets

« La poésie est l’éternel aliment.

Il faut lui confier la garde des secrets. »

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