« Toute parole vraie tremble comme l’aiguille de la boussole tournée vers son nord adoré : impossible de la désorienter.
Elle revient à son amour lointain à chaque fois vibrante. »
Christian Bobin
« Toute parole vraie tremble comme l’aiguille de la boussole tournée vers son nord adoré : impossible de la désorienter.
Elle revient à son amour lointain à chaque fois vibrante. »
Christian Bobin
« Tout est courrier d’une impossible aurore. »
Jean Follain
« Il y aura au bord du cri
le jour venu
Celui que tu cherchais
derrière ton épaule. »
Hélène Cadou
« Les chemins mènent tous au secret.
Ils s’infléchissent à quelque tournant,
on marche ainsi en pays réel
et puis soudain hors du temps mesurable.
On se retrouve enrichi de quelque épaisseur de vie étrange
comme si l’on avait déjà vécu plusieurs existences.
Pays à la brisure du crépuscule
comme s’il voulait signifier qu’il est tard
mais toujours temps.
On ramène alors de ces sortes de regards, de ces voyages,
la connaissance de l’être dilaté,
perméable au possible, un réel annexé, magnifié.
Dans ces randonnées en pays de vertige,
toujours hâtives, on grandit.
Il reste de ces fulgurations une ivresse toujours plus menaçante,
une drogue plus exigeante qui demande, au péril de la vie,
toujours plus d’audace.
C’est la vie multipliée dans les humbles choses
qui débouchent sur la largesse et l’illumination.
Alors le respect devient amour. »
Jean Malrieu
« La terre que cherche le manœuvre
l’enferme dans une aventure qui efface sa personne,
le laisse nu dans sa parole. »
Thierry Metz
« Vivre est un pèlerinage.
Nous sommes tous des pèlerins…
Chaque jour est un pas à faire,
Chaque relation, un champ à traverser,
Chaque mouvement, une leçon à apprendre…
L’espace du silence est le nid où faire halte,
La parole l’aliment du parcours. »
Vimala Thakar
« Pas un nuage
Seulement le chemin blanc aimanté par les oiseaux…
Celle que l’on aime est venue.
Une robe fleurie, du courage et une provision d’espérance,
De l’innocence à partager aussi dans son panier de rires et ses yeux bleus,
Celle que l’on aime est venue,
Réveillant le latent des herbes dans le cœur,
La marée de soi.
Inconditionnellement, elle offrait en partage une autre voix,
Prête à inventer de l’éternité.
Comme une avoine dans le vent,
Comme une luciole dans les verts nocturnes du jardin,
L’on babillait avec elle
La langue d’un pays silencieux. »
Cédric Migard (Pour V.)
« Pourquoi les enfants croient-ils ce qu’on leur dit ? Pourquoi accordent-ils foi aux histoires les plus déraisonnables ? Certes, ils sont à l’âge où l’on ne sait pas démêler le vrai du faux. Mais pourquoi font-ils confiance ? Pourquoi penchent-ils naturellement vers le oui plutôt que vers le non ? Et si le fait de croire aux êtres invisibles était une évidence innée, plutôt que le résultat d’une ignorance ?
Le Père Noël sur son traîneau céleste va faire halte sur le toit, descendre par la cheminée, déposer un cadeau, sans bruit, dans tes souliers et reprendre sa course, là-haut, dans le ciel noir. Les yeux s’éclairent et les mains battent. Pas le moindre soupçon de doute. Seraient-ils de sages vieillards, leur certitude émerveillée aurait de quoi nous convertir. Mais non, ce sont des enfants ignorants. Ils ne savent rien de ce monde. Et si grandir c’était aussi perdre une certaine mémoire ? Les poètes au bout de leur vie en redécouvrent quelques bribes. La vie, disent-ils, est mille fois plus vaste que les rêves humains. Et si les enfants savaient naturellement cela ?
Vient l’âge où l’on éteint cette heureuse lumière. Le Père Noël n’existe pas. C’était un mensonge amusant. La merveille hier évidente ? Le fol espoir qui fait aimer l’hiver ? Réveille-toi. Regarde. Il n’y a rien. La rue, les murs, les gens, c’est tout. Le bleu du ciel ? De l’air. Les étoiles ? Des terres mortes. Et cesse de rêver, mon fils. Fais tes devoirs. Il va falloir lutter pour te faire une place. Il a dix ans au plus, l’enfant, quelquefois moins. Le voilà grand. Désenchanté. Il a perdu cette sublime foi aux choses invisibles qui est l’essence même de la vigueur et de la jeunesse. C’est une parole d’Okakura Kakuso, l’auteur du Livre du Thé. Il connaît les saveurs, les douces et les amères.
Il en est qui ne croiront jamais plus au Père Noël. Ils le diront à l’occasion comme on dit de ces choses froides, avec un grincement de porte mal fermée. D’autres en éprouveront une vague souffrance, leur vie durant. Ils rétréciront tout, de crainte d’être dupes. Une fois (une foi ?) suffit. Il ne faut pas croire au Père Noël. J’en connais qui ne se sont jamais relevés de leur chute dans cette épaisseur des choses que l’on appelle le réel. Certes, ils ont vécu, ils ont fait leur chemin, ils sont même, parfois, arrivés. Mais quelqu’un geint au fond d’eux-mêmes. Quelqu’un, pour ne pas dire un ange, un enfant aux ailes brisées.
Redonnez sa chance au Père Noël. Et si le mensonge n’était pas où on le croit ? Et s’il était justement dans cette désespérante exclusivité offerte à la prétendue réalité ? Et s’il n’était pas vrai que ce sont les parents qui offrent les cadeaux ? Oui, c’est moi qui l’ai acheté et qui l’ai déposé sous l’arbre. Mais je ne te paie rien, et tu ne me dois rien. Dans ce monde où rien n’est gratuit, quelqu’un passe chez toi et offre et repart on ne sait même pas où sans même attendre ton merci. Qui fait cette merveille ? Ni toi ni moi. Qui donc? Semons au moins cette question dans le regard de nos enfants. Au moins qu’ils aient une lumière vers qui marcher, dans la forêt qui les attend. »
Henri Gougaud