« Qui sut aimer garde en hiver
le goût de son premier printemps
le secret du mot le plus nu
A ne livrer qu’à l’entendeur
au seul
et en dernier recours. »
Hélène Cadou
« Qui sut aimer garde en hiver
le goût de son premier printemps
le secret du mot le plus nu
A ne livrer qu’à l’entendeur
au seul
et en dernier recours. »
Hélène Cadou
« L’écrivain donne les mots du passage, il laisse des trous dans son récit… Il ne ferme pas la phrase dans l’homogénéité d’une conscience, il déplace rythmiquement dans la matière même des vocables le vide d’une attente, l’espérance des possibles retrouvailles. La fêlure passe par le recueil orphelin de ses gestes et il les nomme descendant dans ce puits peu profond de nuit, enfante pour retrouver et créer dans la surprise de la voix une intonation de départ, un vide spacieux de présence. »
Patrick Laupin
« La journée c’est le Gange.
L’âme est emportée
Comme une fleur,
Se jette dans cette lumière.
Et rien d’autre.
Seul reste le champ. Près du bois. Près du verger.
Je ne cherche pas à être ailleurs même si souvent, de la main, je touche une herbe plus haute, un mur plus bas.
Ici on me parle.
Ce n’est jamais le même. C’est toujours quelqu’un d’autre.
Nous parlons de table ou de chaise. D’un arrosoir, d’une faux.
Dans nos voix des oiseaux sont libres.
C’est des paroles,
C’est le verre de vin.
Un portail.
Un bâton qu’on laisse aller.
Rien n’est reclus. Sinon le petit tas de cendres qui fermentent dans un seau. »
Thierry Metz
« C’est grâce à l’insomnie des mères consolant un enfant dévoré par les diables de la nuit ou à un balayeur aidant ici ou là un trottoir à mieux respirer, oui, c’est grâce à ce genre de service que les ténèbres n’ont pas encore refermé définitivement leurs bras sur les humains. Écrire est ce genre de service. »
Christian Bobin
« – Qu’est-ce que tu écris au juste ?
– C’est très proche de l’enfantin trépignement de la pluie sur une verrière colorée dont une plaque est brisée : je passe, j’entends ce petit piétinement et c’est comme si soudain j’entendais ce Ah! dont les Japonais disent qu’il est le souffle, l’âme, la substance des choses que parfois elles délivrent. Quelque chose chuchote quelque chose. L’écriture reprend ce chuchotement et l’amplifie.
– Dans quel but ?
– Arracher le langage à l’enfer des opinions. »
Christian Bobin
« Ce soir le rideau est tiré
Des chemins s’effacent
Et de nouvelles paupières s’ouvrent
Après tant d’années d’habitude
Comme elle est tendre la fatigue qui dort
Comme elle éclaire la veilleuse dans l’ombre
Rien n’est lourd
À la beauté dressée sur le tertre
Il n’y a que des herbes
Une nuit de fange lavée
Des souvenirs qui se rangent
Les enfants qui naissent
Sont toujours des enfants qui meurent
Un oiseau passe près du toit
Et ce qui déchire est bien ce qui parle
Un murmure bienveillant
Une main sur l’épaule
Demain sera demain
C’était déjà dans l’odeur du monde. »
Bruno Ruiz
« Il n’y a pas de chemin
Pour mener au chemin
Que l’on n’aurait qu’à suivre. »
Eugène Guillevic
« Uniforme
le bloc de granit
Une vie
pour le dégrossir
le tailler
y sculpter
ton parcours. »
Charles Juliet