Si tu le veux

« Si tu le veux, nous habiterons ce petit livre (qui se voulait une lettre)
avec des crayons de couleur
et du papier à dessin,
avec des journées de pluie et de soleil
passant le pli d’une main à l’autre,
jusqu’à le faire parvenir au sourcier ou à l’idiot, à celui dont tout le monde se moque
mais qui vit, lui, dans une maison contraire,
peinte et repeinte à la chaux,
où la mort peut entrer et sortir comme elle veut,
avec qui elle veut. »

Thierry Metz

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Un improbable que la langue traverse

« Mon écrire en poésie, c’est bien mon être…

Les mots dans la poésie n’ont pas une signification univoque : comment serait-ce possible, puisqu’ils essaient d’exprimer une énigme, aussi bien de la joie que de l’inquiétant ?…

Dans le poème, plus c’est simple, plus c’est travaillé de l’intérieur… La difficulté ne vient pas d’une expression obscure qui épaissirait encore le mystère, mais d’un improbable que la langue traverse d’une certaine lumière…

Ils sont une chance, les mots. Notre chance, notre privilège… La poésie me semble représenter un besoin vital, une énergie, un moyen d’être (un peu) là en approchant le monde. »

Marie-Claire Bancquart

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L’Indien des mots de mon enfance

« Mais je reste l’Indien des mots de mon enfance
L’eau coule dans ma nuit et je détourne encore
Des ruisseaux de montagne
Pour entendre le temps battre contre mes paumes. »

Bruno Doucey

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Une terre sinueuse

« Combien de fois, dans son travail d’écriture, avait-il attendu l’apparition d’un cycle de mots lui présentant une terre sinueuse où un pan de mur, un repli rocheux, une eau l’associeraient au mystère de l’univers. Le serpent écaillerait le sol, la lave du volcan moulerait le passage du promeneur, l’oiseau déchirerait le ciel d’un rayon de feu. »

Maurice Partouche

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Peu de choses ont été dites

« Croire que tout a été dit et que l’on vient trop tard est le fait d’un esprit sans force, ou que le monde ne surprend plus assez. Peu de choses, au contraire, ont été dites comme il le fallait, car la secrète vérité du monde est fuyante, et l’on peut ne jamais cesser de la poursuivre, l’approcher quelquefois, souvent de nouveau s’en éloigner. C’est pourquoi, il ne peut y avoir de répit à nos questions, d’arrêt dans nos recherches, c’est pourquoi nous ne devrions jamais connaître la mort intérieure, celle qui survient quand nous croyons, à tort, avoir épuisé toute possibilité de surprise. Si nous cédons à ce désabusement, bien proche du désespoir, c’est que nous ne savons plus voir ni le monde en dehors de nous, ni celui que nous contenons, c’est que nous sommes inférieurs à notre tâche… Quiconque s’enfonce assez loin dans sa sensibilité particulière, quiconque est assez attentif à la singularité de son expérience propre, découvre des régions nouvelles… »

Philippe Jaccottet

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Le monde ne fait que commencer

« Du monde tu ne vois que le verso mais ce soir tu as rendez-vous avec la page blanche. A cet instant le monde ne fait que commencer. Rien sur la table d’écoute hors le bruissement du papier des feuillages ailés, à peine ce mouvement de paupières dans le silence et, sous ta plume, l’écriture des herbes couchées par le vent. »

Gilles Baudry

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On est plusieurs

« C’est quelque chose que j’ai découvert en écrivant : on est plusieurs. Ou pour le dire peut-être un plus précisément : on est plusieurs pronoms personnels. Je me suis aperçu que quand j’écrivais en prose, le “elle” prenait aussitôt le dessus. Ce n’était pas vraiment un choix stylistique, c’était une sorte de nécessité intérieure. C’était “elle” en “moi” qui écrivait de la prose. On est un “je” bien sûr, mais donc on est aussi un “elle”, on est un “nous” – une communauté – et parfois un “ils” : une sorte d’extériorité de soi à soi-même. La poésie, c’est cette façon de reconnaître le multiple, de reconnaître que la subjectivation est un processus complexe, instable, poreux. Que toute chose qui existe n’est que l’addition de toutes les autres choses qui existent…

Ce qui m’est apparu aussi c’est que les pronoms personnels qui existent dans la langue française ne sont pas suffisants pour dire toutes les modalités du rapport qu’on peut avoir à soi-même, toutes les façons qu’on a de se laisser occuper par les autres, le monde, les choses, les insectes. Quand je marche dans un cloître – ce que je peux faire pendant des heures, bien qu’étant totalement athée – je me laisse posséder par son silence, sa minéralité, le rythme quadrangulaire qu’il donne à ma marche, et ce que “je” deviens alors, c’est vraiment un autre pronom personnel, un “je” mais mâtiné de pierre et de carré, un pronom qu’il faudrait inventer et que, sans doute, la poésie que j’écris tente d’inventer. »

Stéphane Bouquet (en entretien avec Frank Smith)

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Quels mots trouver ?

« Quels mots trouver
qui te clarifieraient
te révéleraient à toi-même
transformeraient ton regard

des mots
qui activeraient ton sang
germeraient dans ton corps
renforceraient tes racines

des mots
qui t’éveilleraient
à la plus haute exigence

te donneraient
le pouvoir de t’aimer

te pousseraient
au-devant de la vie. »

Charles Juliet

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