Aimer Marie

« Marie fermait toujours les yeux avant d’ouvrir un livre de la Grande Maison. Elle le rapprochait de son nez et passait lentement un pouce sur l’épaisseur de la tranche, feuille par feuille : libérer le contenu d’odeurs, chaque mot la sienne, et s’enivrer du vieux papier Vélin Pur Fil. Marie ne savait pas qu’il y avait du fil dans les livres mais imaginait maintenant que celui qui les écrivait devait enfiler les mots bien soigneusement, sans être distrait, sous peine de devoir tout recommencer. Couper le fil pour enlever ou déplacer un mot ferait glisser tous les autres… Peut-être fallait-il laisser reposer un peu les livres après qu’ils aient été écrits, jusqu’à ce que le fil des mots disparaisse et que les mots aient l’air de tenir tout seuls… Et que l’odeur vienne. »

Anne-Claire Cornet, extrait de “Aimer Marie”, Luce Wilquin

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