Naissance du poème

« Avant même que tu en aies conscience, le symbole est un appel dans la nuit. Il est ta propre nuit qui cherche à s’entendre… Il y a un instant c’était le plein midi, le conscient diffus, les clartés habituelles, une visible sécurité. Soudain, à fleur de jour, l’opaque bouge : un verbe insaisissable approche ou fuit, issu de toi, s’y renfonçant, t’entraînant dans la nuit de l’être, cela. Cela – cette réalité qui parle la nuit, qui profère le silence nocturne – vient à toi du profond de toi-même, et bien avant d’apparaître donne de la voix. Étrange voix, pressentie plutôt qu’entendue, contraction angoissée du silence : état de celui qui ne sait ce qu’il veut dire, ni s’il le veut – mais cela veut se dire en lui. Ainsi le message précédé de son cri n’est d’abord qu’un frémissement de l’espace : comme un fragment de nuit plus dense, il se détache par degrés de la nuit, forme vague puis visage et corps. Encore, pour que le messager t’atteigne, faut-il que tu prêtes l’oreille à sa voix : que ton attention s’orientant vers elle l’oriente. Ton qui-vive doit être l’aimant qui dirige le messager, qui fasse surgir des ténèbres l’invisible et poignante réalité qu’il représente – qui est en lui et pourtant tout autre que lui. »

Pierre Emmanuel

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